Les écosystèmes tropicaux de haute mer

Les thons : des espèces présentes dans tous les océans  |  Un chantier majeur, l'Océan Indien  |  Les dispositifs de concentration de poissons
L'occupation de l'habitat par les grands pélagiques  |  Les interactions entre la ressource et les pêcheurs  |  Les effets conjoints de la pêche et du climat
 L'intégration des connaissances au moyen de modèles écosystémiques

L'occupation de l'habitat par les grands pélagiques

La répartition spatiale des grands migrateurs de haute mer comme les thons est contrainte par l’habitat physique et biologique, à toutes les échelles et à chaque étape de leur cycle vital. Ainsi, comprendre leurs modes d’occupation de l’habitat est une étape nécessaire à l’étude de leur répartition spatiale et de leurs mouvements. Décrire et expliquer l’occupation de l’habitat des grands pélagiques nécessite une parfaite intégration  entre le recueil d’informations sur le terrain, d’une part,  et la modélisation des processus qui expliquent les déplacements observés, d’autre part.
Dans le milieu tropical du large, les gradients physico-chimiques (pression, température, oxygène, éclairement) et biologiques (couches de proies) sont permanents dans la dimension verticale alors qu’ils sont plus variables dans la dimension horizontale (passage de fronts, tourbillons). Le comportement vertical détermine la niche écologique des prédateurs.
En effet, la capacité de certaines espèces (patudo, espadon,..) à supporter, à l’âge adulte, de basses températures et à exploiter de jour la couche des proies mésopélagiques étend en profondeur leur habitat potentiel. D’autres espèces comme le listao, les voiliers ou les albacores n’ont pas cette capacité, et exploitent des proies superficielles. Les proies profondes ne se répartissent probablement pas de la même manière que les proies de surface, tant dans l’espace que dans le temps. En conséquence, les prédateurs ayant accès aux couches profondes et ceux qui sont distribués en surface devraient présenter des déplacements trophiques différents.
Sous cet angle, il devient donc possible de relier les mouvements horizontaux au comportement vertical de manière fonctionnelle, en expliquant les différences observées entre espèces (un patudo ne connaît pas les mêmes migrations qu’un albacore) et selon la taille (les adultes n’ont pas les mêmes déplacements que les juvéniles). L’incorporation des données de recaptures de poissons marqués (par le programme de marquage de thons de la CTOI) au sein d’un modèle de comportement vertical permettra de tester cette hypothèse.
Des méthodes microchimiques apportent un complément aux marquages dans l’étude des stratégies d’occupation de l’habitat. Le dosage de micro-éléments sur les pièces dures (otolithes) permet d’établir un lien avec les milieux traversés par les animaux à plusieurs stades de leur cycle de vie, à condition de disposer de traceurs environnementaux de ces milieux. La méthode est en cours de test en comparant les réponses microchimiques entre deux zones de l’océan Indien (Seychelles et région indonésienne) particulièrement contrastées sur le plan biogéochimique.
Les recherches conduites sur ce thème se décomposent donc en plusieurs étapes: discriminer les peuplements en relation avec les structures trophiques et physiques de l’environnement, caractériser la dimension verticale d’une province océanique par quelques descripteurs propres aux grands prédateurs (diversité spécifique, catégories de tailles, densité), identifier les variables structurantes de l’habitat pour les espèces dominantes des peuplements, analyser des scénarios de réponses des peuplements aux variations de l’environnement.

consommation de poissons
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