Les grands écosystèmes mondiaux d'upwelling

Trois écosystèmes comparables
Trois écosystèmes différents :
le courant du Benguela  |  le courant des Canaries  |  le courant de Humboldt
Modélisation, SIG, observations acoustiques…

Le courant du Benguela

Le long de la côte Ouest de l’Afrique australe, l’upwelling du Benguela se singularise des autres systèmes d’upwelling par ses deux frontières responsables d’intrusion d’eau chaude : au nord, par le front Angola-Benguela et au Sud, par le courant des Aiguilles qui constitue la terminaison du courant de Bord-Ouest de l’Océan Indien. Pour pondre, les sardines (Sardinops sagax) et anchois (Engraulis encrasicolus, ex E. capensis) migrent  vers le Banc des Aiguilles, où des eaux chaudes transportées par le courant des Aiguilles créent un environnement fortement stratifié. Les œufs et larves sont ensuite rapidement transportés vers le Nord par un courant côtier. En quelques jours, ils atteignent la région d’upwelling de la côte Est et un nombre d’entre eux sont transportés vers le large par les courants liés au vent, ce qui constitue une source de mortalité. Un mécanisme de rétention permet aux autres individus s’agréger dans les eaux côtières.
Les autres sources de mortalité des premiers stades de vie ne doivent pas être négligées. Il s’agit en particulier de celles liées au jeûne des larves et à la prédation sur les œufs et larves. Une semaine après l’éclosion, les larves doivent s’alimenter. Leurs capacités natatoires étant alors réduites, elles ont besoin  non seulement  d’une densité de proies élevée et de tailles convenables (micro-zooplancton pour l’essentiel), mais aussi de conditions de turbulence optimales. Une turbulence trop forte désagrège les essaims de plancton et entrave la capture de proies.
La modélisation fine des courants et de la production primaire doit apporter un éclairage nouveau sur ces problématiques. Bien que la productivité primaire de l’écosystème du Benguela semble globalement excédentaire, elle peut être déficitaire dans certaines strates spatio-temporelles telles que celle du Banc des Aiguilles ou de la partie hauturière de la nourricerie, lors de la saison de reproduction. Dans ces conditions, des oasis de nourriture peuvent être trouvées dans les grands tourbillons du large, à la rencontre de différents courants et masses d’eau. La faible productivité du Banc des Aiguilles engendre une compétition sévère pour la nourriture de millions de tonnes de reproducteurs qui s’y trouvent concentrés lors de la saison de ponte. Ceci favorise le cannibalisme parental et la prédation des œufs et larves par les autres espèces.
Ce phénomène reste difficile à modéliser en l’absence de données mensuelles spatialisées de distribution des poissons mais devra faire l’objet d’un effort de quantification.
L’écosystème du Benguela peut se subdiviser en deux sous-écosystèmes du nord (sud de l’Angola et Namibie) et du sud (ouest et sud de l’Afrique du Sud) séparés par la cellule permanente d’upwelling de Lüderitz, la plus puissante au monde. En Afrique du Sud, les données de pêche historiques suggèrent un effondrement du stock de sardine à la fin des années 1960 suivi d’une récupération lente, alors qu’un premier niveau d’effondrement était observé en Namibie à la même période, aggravé à la fin des années 1970. La biomasse du stock namibien est depuis cette date restée à un niveau très bas. S’agit-il d’un processus environnemental ou bien d’une surexploitation qui est au cœur de ces effondrements ? La structure et dynamique de l’écosystème du sud Benguela semble varier de façon progressive depuis plus de trois décennies alors que le nord Benguela a connu une réorganisation profonde de son fonctionnement sous ce qu’il est courant d’appeler un « changement de régime ». Aujourd’hui, le nord Benguela est dominé par les méduses et les poissons se nourrissant de détritus (Gobbies). Les poissons pélagiques sont devenus peu abondants et les pêcheries de la plupart des espèces commerciales (Merlus et Chinchards) menacées.
Les raisons de ce changement de régime aux conséquences désastreuses pour le développement et le maintien des activités de pêches restent aujourd’hui hypothétiques, bien que l’on suspecte fortement une interaction entre environnement et exploitation.

consommation de poissons
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