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Les derniers peuples chasseurs-cueilleurs des forêts tropicales

Séance d’épouillage dans un campement de Baka

Qu’est-ce qu’un mode de vie chasseur-cueilleur ?  |  Qui sont les derniers chasseurs-cueilleurs des forêts tropicales humides ?  |  Pourquoi si peu de gens font tant parler d’eux ?  |  Une situation contemporaine peu enviable  |  Pourquoi persister à dédier des recherches à ces peuples ?  |  Quel avenir pour les derniers peuples chasseurs-cueilleurs de forêt dans un monde en plein changement ?

Qu’est-ce qu’un mode de vie chasseur-cueilleur ?
Jusqu’à il y a environ 12 000 ans, la quasi-totalité de l’humanité vivait de chasse et de cueillette, avant l’avènement de la grande transition du néolithique qui a été marquée par l’adoption de l’agriculture. Le mode de vie chasseur-cueilleur est caractérisé par une subsistance dépendant prioritairement — mais pas de façon nécessairement exclusive — des produits naturels dispensés par la nature. Ce mode de subsistance a conduit à l’élaboration de savoirs, savoir-faire et pratiques sur la nature qui sont particulièrement élaborés. Ces savoirs naturalistes locaux sont mobilisés à travers une organisation sociale et politique qui privilégie le collectivisme : entraide, partage et mise en commun des ressources sont des principes récurrents dans ce type de sociétés. Enfin, l’accès aux ressources dispersées en forêt contraint à des déplacements fréquents en petits groupes. On parle de nomadisme ou de migration saisonnière. Le fait de vivre dispersé dans de vastes territoires forestiers faiblement peuplés (normalement moins d’un habitant par kilomètre carré) constituait une réponse adaptative efficace à la diversité élevée des maladies parasitaires et infectieuses. Grâce au caractère transitoire de leurs installations, les chasseurs-cueilleurs étaient peu exposés aux maladies transmissibles, aux parasites aérogènes et d’origine alimentaire et à la pollution fécale. Plus que la rareté des aliments, c’est l’excès de parasites (puces, poux et tiques) dans le campement qui était la principale incitation à se déplacer. La mort d’un membre de la communauté encourageait aussi celle-ci à se disperser en effectifs réduits, afin d’atténuer le risque qu’un facteur létal contamine les autres membres du groupe.
Le volume restreint de biens à transporter et le nombre limité d’enfants vivants rendaient la mobilité plus aisée. Les groupes migraient le long de sentiers territoriaux étendus et linéaires. Les migrations régulières le long de ces pistes réduisaient les risques liés à la recherche de ressources alimentaires, car les chasseurs-cueilleurs possédaient et géraient ces ressources à l’intérieur de leurs territoires, en contrôlant leur répartition spatiale et leur densité.