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Les derniers peuples chasseurs-cueilleurs des forêts tropicales

Qu’est-ce qu’un mode de vie chasseur-cueilleur ?  |  Qui sont les derniers chasseurs-cueilleurs des forêts tropicales humides ?  |  Pourquoi si peu de gens font tant parler d’eux ?  |  Une situation contemporaine peu enviable  |  Pourquoi persister à dédier des recherches à ces peuples ?  |  Quel avenir pour les derniers peuples chasseurs-cueilleurs de forêt dans un monde en plein changement ?

Pourquoi si peu de gens font tant parler d’eux ?
On observe à l’égard des derniers chasseurs-cueilleurs forestiers de la planète deux attitudes que tout oppose, et qui sont tout autant néfastes l’une que l’autre.
La première est celle des Occidentaux éprouvant une admiration nostalgique de ces peuples. Cette admiration a quelque chose de malsain car elle est encore largement entretenue par les médias et les reportages naturalistes très en vogue (Ushuaïa Nature, Discovery Channel, etc). Survival International cultive encore le culte des peuples non-contactés par l’Occident (www.uncontactedtribes.org). Ces sociétés qui nous font fantasmer sont perçues comme des vestiges d’un passé révolu où toute l’humanité vivait de chasse-cueillette. Cette inclination à figer ces peuples dans le passé de l’histoire évolutive des sociétés humaines (« ils vivent comme vivaient nos ancêtres ») les érige en fossiles vivants, donc en patrimoine de l’humanité. En leur déniant le fait d’être nos contemporains, l’on s’octroie implicitement le droit de décider de leur sort ou de ce que l’on estime être le plus approprié pour eux, et d’agir comme on le ferait à l’égard d’une peinture rupestre des grottes de Lascaux ou d’une momie remarquablement conservée : s’empresser de les mettre sous cloche pour les préserver des miasmes de notre monde actuel, tout en permettant aux touristes ébaubis de venir les “admirer”.
La seconde attitude est celle des gouvernants des pays dans lesquels vivent ces peuples. Quelle que soit la latitude, les états ont horreur des nomades. Ce sont des personnes qui ont un mode très extensif d’occupation de l’espace, qui s’affranchissent du respect des frontières administratives et qui échappent à tout contrôle. En forêt comme ailleurs, les autorités veulent fixer ces populations et les faire rentrer dans le cadre normatif du développement. Sous le prétexte d’agir pour leur bien-être, les autorités contraignent les derniers nomades à la sédentarisation et au renoncement à un mode de vie jugé archaïque et indécent. En échange de l’obtention de la citoyenneté (qui se résume à l’octroi d’une carte d’identité, d’un droit de vote et d’un droit… à payer l’impôt), les derniers chasseurs-cueilleurs se voient contraints à adopter l’agriculture. Leur fixation et leur contrôle ne servent souvent que de préambule à un pillage institutionnalisé des nombreuses ressources que recèlent leurs territoires, et leur condition de vie n’ont plus rien d’enviable.
Que l’on soit un fervent défenseur de ces peuples ou un redoutable détracteur de leur manière de vivre, notre inclination tend à les spolier de toute autodétermination face à un monde en plein changement qui les condamne à ne plus pouvoir maintenir un mode de vie chasseur-cueilleur perdurable.

Kubu de Sumatra