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Les derniers peuples chasseurs-cueilleurs des forêts tropicales

Qu’est-ce qu’un mode de vie chasseur-cueilleur ?  |  Qui sont les derniers chasseurs-cueilleurs des forêts tropicales humides ?  |  Pourquoi si peu de gens font tant parler d’eux ?  |  Une situation contemporaine peu enviable  |  Pourquoi persister à dédier des recherches à ces peuples ?  |  Quel avenir pour les derniers peuples chasseurs-cueilleurs de forêt dans un monde en plein changement ?

Quel avenir pour les derniers peuples chasseurs-cueilleurs de forêt
dans un monde en plein changement ?

L’industrialisation et l’urbanisation, qui suivent généralement la croissance économique dans les forêts tropicales, entraînent dans leur sillage des changements du régime alimentaire et de l’état nutritionnel de ces peuples. Le passage à un mode de vie sédentaire influence la disponibilité et la distribution des aliments, et notamment la santé et l’état nutritionnel des enfants. Leurs bonnes conditions physiques légendaires sont compromises et, à l’heure actuelle, inférieures à celles de leurs voisins agriculteurs. Le stress et la dépression sont des maladies mentales qui se répandent dans ces sociétés. Ils conduisent à la violence conjugale et à divers types d’accoutumance.
L’alcoolisme et le tabagisme ancrés sont responsables d’une intoxication directe et peuvent être les causes indirectes de pathologies comme la tuberculose. La conversion au christianisme des Punan a limité l’impact de l’alcoolisme mais l’emphysème et le cancer ont augmenté, dus probablement à l’usage exagéré de la cigarette. La prévalence en hausse rapide des maladies transmises sexuellement, comme le syndrome d’immunodéficience acquis (SIDA), est un autre exemple de l’« attraction fatale du développement ».
Les chasseurs-cueilleurs des forêts n’ont pas l’apanage de devoir répondre au changement, mais ils sont certainement ceux qui, du fait de leur étroite dépendance vis-à-vis d’une nature très riche et elle-même en danger, ont le plus à perdre à court terme face à la dégradation des milieux naturels et aux dérèglements climatiques. D’abord, elles sont économiquement les plus démunies : leur système économique basé sur la subsistance, leur besoin de prélever la ressource directement sur la nature, et leurs règles d’échanges ancrées dans le collectivisme, leur donnent peu d’emprise sur l’économie de marché. Mais elles sont aussi exposées à de nouvelles formes de vulnérabilité, moins tangibles que la pauvreté économique et moins fréquemment abordées dans les débats consacrés à la lutte contre la pauvreté. Nous préconisons d’explorer ces chemins détournés de la pauvreté, c'est-à-dire les processus plus difficilement quantifiables d’appauvrissement concernant, notamment :
— les aspects culturels, religieux et sociaux;
— la dégradation des écosystèmes assurant la subsistance des plus vulnérables et;
— la violence environnementale, source d’une forme nouvelle d’injustice sociale.

Punan de Bornéo