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Des forêts et des hommes

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Des populations souvent marginalisées et menacées

Enfants de l’ethnie des Talang Mamak à Sumatra

Les Karen en Thaïlande  |  Les Kayapó au Brésil

Les habitants des forêts du Sud sont souvent considérés comme des populations « à part », des populations marginales. Cette marginalité n’est pas numérique : si les chasseurs-cueilleurs nomades ne représentent plus que quelques dizaines de milliers d’individus dans le monde, les populations qui vivent de et dans la forêt, en y pratiquant l’agriculture ou l’élevage, se comptent par centaines de millions.
Il faudrait alors plutôt parler de « marginalisation », c'est-à-dire d’un long processus qui a contribué à isoler ces populations du reste du monde et du progrès économique.
La méfiance des civilisations agraires pour les populations forestières est une réalité historique qui a largement contribué à rejeter ces dernières à la périphérie des mondes dits « civilisés ». Les termes « Pygmées » en Afrique centrale, de « Dayak » à Bornéo, ne désignent pas des ethnies, mais les « populations de l’intérieur », celles qui vivent en forêt et qu’on peut soit assimiler, soit laisser dans leur archaïsme primitif. Cette ostracisassions des populations forestières a permis aux administrations coloniales puis aux États de confisquer les terres des populations forestières pour des raisons de conservation, de développement, ou simplement de constitution du « domaine forestier de l’État » : les forêts domaniales.

Aujourd’hui encore, ces populations forestières sont soumises à des dynamiques d’exclusion et des processus d’acculturation. Même quand elles ne sont pas déplacées (on disait autrefois « déguerpies ») ou chassées au fusil comme des lapins (comme l’ont fait certains « entrepreneurs » en Amazonie), leurs droits sur les terres et les ressources qu’elles gèrent ne sont pas reconnus. Le contrôle local sur les ressources forestières est aliéné au profit soit d'un contrôle centralisé, soit d’entreprises privées proches du pouvoir. Dans le meilleur des cas, on observe une « dévolution » des droits, c'est-à-dire une certaine rétrocession des droits au niveau local, mais la plupart du temps les « communautés locales » restent sous tutelle des administrations forestières. Toutes ces menaces se renforcent avec l’expansion économique mondiale (le « développement ») et l’exploitation intensive des ressources naturelles : au XXIe siècle, ce ne sont plus seulement les territoires qui sont menacés, mais aussi les moyens d’existence et les modes de vie des populations forestières.
Principales victimes de la dégradation des milieux forestiers, de la spoliation foncière et de la disparition des ressources, ces populations sont le plus souvent accusées d’en être responsables et à ce titre se retrouvent menacées, autant pour leur survie immédiate, que dans leurs croyances et pratiques. C’est par exemple le cas des Karen de Thaïlande et des Kayapó au Brésil.