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Des forêts et des hommes

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Des populations souvent marginalisées et menacées

Les Karen en Thaïlande  |  Les Kayapó au Brésil

Les Kayapó au Brésil
En Amazonie, les indiens Kayapó dénommés aussi Mebêngôkre sont environ sept mille ; ils vivent éparpillés en une vingtaine de villages dans leurs territoires reconnus « terres indigènes » par l’Etat brésilien et pour l’essentiel couverts de forêt. Célèbres pour la beauté de leurs peintures corporelles et objets en plumes, réputés pour leurs savoirs écologiques devenus références des ethnosciences, ils sont aussi connus pour leur activisme politique en défense de la forêt et des droits des amérindiens. Ainsi Raoni, qui avait fait connaître les revendications territoriales de son peuple en accompagnant le chanteur Sting, lance à nouveau un appel, cette fois par internet, contre la construction du grand barrage de Belo Monte... Ce vieux leader Kayapó a déjà vu sévir nombre des formes de violence, spoliation et marginalisation qui touchent les habitants des forêts ; même si la Constitution brésilienne de 1988 reconnaît des droits spécifiques aux peuples autochtones, il nous rappelle que les forêts et ceux qui l’habitent sont encore menacés.

Jusque dans les années cinquante, les Kayapó ont refusé tout contact pacifique avec la société coloniale et brésilienne. Ils ont échappé à l'avancée des fronts de colonisation, en s’éloignant des régions de cerrado et en se réfugiant loin des fleuves, dans les forêts du bassin du Xingu où ils ont fini par s´établir. Les rapports entre Mebêngôkre et kuben (étrangers ou « non-indiens ») ont longtemps été conflictuels, notamment, au XIXe siècle, avec ceux venus dans la région du fleuve Araguaia pour élever du bétail ou ramasser des noix du Brésil. Les Kayapó avaient déjà acquis alors leur réputation de indios bravos, forts et guerriers. Celle-ci se maintient d’ailleurs presque intacte dans la région où les intérêts suscités par les ressources de la forêt ne facilitent pas les relations actuelles entre indiens et non-indiens. Les premiers groupes Kayapó disposés à rejoindre les missions et la ‘civilisation’ du XIXe ont disparu, décimés par les maladies. Les autres ont survécu à de graves attaques, aux exploitants en tout genre et aux épidémies qui ont beaucoup réduit leur population, aujourd’hui en franche croissance démogragraphique. Il est très probable qu’un ou des petits groupes Mebêngêkre préfèrent, encore aujourd'hui, vivre isolés dans la forêt.

Au Brésil, les territoires traditionnels sont démarqués et homologués « Terres Indigènes » pour constituer des aires protégées au statut particulier qui donne un droit d'usage exclusif aux amérindiens. Ce processus officiel est souvent très long et, dans les années 70, l'ouverture de grandes routes à travers l'Amazonie avait déjà divisé le territoire traditionnel des Mebêngôkre-Kayapó et favorisé l'afflux massif de chercheurs d'or puis de colons. Engagés dans la défense de leurs terres, les Kayapó habitent maintenant 10 Terres Indigènes, contigües pour la plupart et situées dans le sud de l´Etat du Pará et au nord de l´Etat du Mato Grosso, soit proche de la zone nommée « arc de déforestation », là où le front de colonisation agricole avance actuellement sur la forêt. Il apparaît aujourd’hui que les aires protégées où la forêt est la mieux conservée sont celles habitées par les amérindiens. Vues du ciel, les terres des Kayapó et des autres ethnies de la région paraissent une île de forêt encerclée de paturages et de champs de soja.

Mais de fortes pressions menacent l'intégrité des Terres Indigènes. Les exploitants de bois et les éleveurs traversent les limites des Terres Indigènes, de grands projets comme la route Cuiba-Santarem qui sera goudronnée et l'avancée de la culture du soja sont également préoccupants. La politique de développement de l'Amazonie commencée dans les années 1970 prévoyait déjà la construction du Complexe Hydroélectrique de Belo Monte, avec sept barrages dans le bassin du fleuve Xingu, un projet monté à l’époque sans tenir compte de l'impact social et environnemental pour les populations locales. Un mouvement social d'opposition à ces barrages s’était alors formé, avec un rôle actif joué par les Kayapó qui culmina, en 1989, avec la grande rencontre d’Altamira. Cette manifestation stoppa les financeurs du projet hydroélectrique et devint un symbole des mouvements écologiques et sociaux au Brésil. Mais depuis le président Lula, la construction des barrages est à nouveau à l'ordre du jour et Belo Monte, dont la construction vient d’être autorisée par le gouvernement, suscite de très nombreuses polémiques en Amazonie, au Brésil et dans le monde. Les Kayapó, alliés maintenant à d’autres populations locales, devront rester fermes dans leur lutte pour la défense des droits constitutionnels, du territoire et de la forêt.

Punan à Bornéo