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Des forêts et des hommes > Politiques et dynamiques forestières > Des populations et leurs espaces > La forêt amérindienne : terres indigènes et conservation de la forêt

La forêt amérindienne :
terres indigènes et conservation de la forêt

Deux hommes Kayapo

Deux catégories de terres indigènes  |  De nombreuses menaces internes

« La forêt est vivante. Elle ne peut mourir que si les blancs s’obstinent à la détruire. S’ils y parviennent, les rivières disparaitront sous la terre, le sol deviendra friable, les arbres se rabougriront et les pierres se fendront sous la chaleur. La terre desséchée deviendra vide et silencieuse. Les esprits xapiri qui descendaient des montagnes pour venir y jouer sur leurs miroirs s’enfuiront au loin. Leurs pères, les chamans, ne pourront plus les appeler et les faire danser pour les protéger. Ils seront incapables de repousser les fumées d’épidémies qui nous dévorent. Ils ne parviendront plus à contenir les êtres maléfiques qui feront tourner la forêt au chaos. Nous mourrons alors les uns après les autres et les blancs autant que nous. Tous les chamans finiront par périr. Alors si aucun d’entre eux ne survit pour le retenir, le ciel va s’effondrer ».
Davi Kopenawa in : Kopenawa, D. & Albert, B. 2011. La chute du ciel. Paroles d’un chaman Yanomami, p.16

En Amazonie brésilienne, les aires protégées couvrent plus de 30 % de la superficie de la région, sous dix-neuf statuts différents. Elles sont considérées  comme un instrument de blocage foncier à même de contenir l’avancée des fronts économiques et de la déforestation (Léna, 2005). Les terres indigènes représentent environ 22 % de la superficie de l’Amazonie et sont habitées par plus de 80 ethnies. Parmi toutes les catégories d’aires protégées habitées (Resex, RDS, APA…) ou non (Parcs Nationaux, Réserves biologiques, Forêts Nationales…), les « Terres Indigènes » sont celles où la couverture forestière est la mieux conservée (3% déboisés en moyenne) alors que leur statut ne relève pas explicitement de la conservation de l’environnement. Le cadre juridique de ces terres indigènes est défini dans les articles 20 et 231 de la Constitution fédérale brésilienne de 1988, qui attribuent respectivement leur propriété à l’Union fédérale et leur usufruit exclusif aux populations amérindiennes qui les occupent.

Cet état de conservation remarquable peut être attribué à plusieurs facteurs, parmi lesquels on peut évoquer : la faible densité démographique ; la mobilisation des populations pour la défense de leurs droits et la protection de la forêt (Turner 1999) ; les cosmologies amérindiennes et ses modes de penser et d’agir sur la nature (Kopenawa & Albert 2011), les techniques traditionnelles (usage très diversifié du milieu naturel ; agriculture sur brûlis à longue jachère; agrobiodiversité très élevée ; déplacement périodique des villages ;  etc.). Les situations sont cependant très différentes selon les terres indigènes. Celles-ci peuvent avoir entre 0,20 et 25 hab/km2. Les plus densément peuplées sont également les plus petites et sont en général situées près des villes et /ou dans des espaces « dégradés ». La forêt y a disparu et les pratiques traditionnelles peinent à s’y maintenir. A l’opposé, des terres indigènes de grandes dimensions et de faible densité offrent de grands espaces forestiers peu ou pas altérés, où les systèmes traditionnels de production peuvent encore être pratiqués sans entraves. À terme, toutes sont concernées par l’impact des changements démographiques et socio-économiques en cours : après une phase de déclin liée au contact (massacres, choc épidémiologique, acculturation) la plupart des peuples indigènes connaissent une forte reprise démographique et sont amenés à adapter leurs techniques de production à une sédentarisation croissante.
Mais d’autres menaces planent sur la forêt amérindienne : les incursions prédatrices, et pour l’instant illégales, destinées à exploiter des ressources disponibles dans ces terres (bois précieux, or, diamants, minerai d’étain, etc.), la réalisation d’infrastructures (barrages, routes, lignes électriques) et l’avancée du front pionnier agricole (soja, élevage).