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Des forêts et des hommes

Des forêts et des hommes > Qu'est-ce qu'une forêt > Un point de vue d’écologues sur les forêts tropicales « naturelles »

Un point de vue d’écologues sur les forêts tropicales « naturelles »

Forêt « vierge » ou forêt « naturelle » ?  |  L’hétérogénéité des structures : à l’échelle locale  |  À l’échelle des grands massifs forestiers  |  L’échelle du paysage est la moins étudiée  |  Des réalités du terrain aux débats théoriques sur la biodiversité  |  Une théorie dite « neutraliste »  |  De fortes variations de diversité et de composition floristiques  |  Un enjeu scientifique majeur

Forêt « vierge » ou forêt « naturelle » ?
Mais, de manière assez contradictoire, cette extrême biodiversité est encore associée, y compris chez nombre de scientifiques, à une image de milieux stables, pour ne pas dire immuables, et de structure homogène à l’échelle du paysage, du massif forestier, ou du continent. Il faut probablement voir là l’effet de la persistance du mythe de la forêt « vierge », « enfer vert » hostile à l’homme, dont l’origine remonte aux premières descriptions d’explorateurs européens. Ce mythe survit en effet aujourd’hui à travers le paradigme de l’opposition entre forêt « primaire » et forêt « anthropisée ». Pourtant, il n’y a pas de forêt réellement vierge : même dans les déserts humains de l’intérieur guyanais, d’où les populations amérindiennes ont été éliminées, essentiellement par les maladies, dès l’arrivée des européens il y a quatre siècles, les activités humaines de sociétés plus anciennes ont laissé des traces perceptibles dans le paysage, ainsi que sur la structure et la diversité locale de la forêt. Ce paradigme masque en réalité, dans la plupart des cas,  une incapacité à déterminer l’âge d’une forêt ancienne, c’est-à-dire à dater son installation en remplacement d’une végétation non forestière (savane) ou après coupe à blanc. La raison principale, quoiqu’implicite, du maintien de ce concept de forêt primaire est sans doute qu’il donne l’illusion de cerner un objet d’étude assez consensuel. En décidant arbitrairement que telle zone ou telle parcelle de forêt entre dans cette catégorie, on peut aborder plus facilement son étude écologique et botanique en évacuant une part non  négligeable de la complexité du problème.
Même s’il est très difficile de tracer une limite dans le continuum des forêts « naturelles » qui va des plus anciennes, dont la structure, la dynamique et la biodiversité actuelles ne sont pas significativement marquées par les activités humaines, aux plus jeunes, résultant d’une régénération spontanée après défrichement, on peut cependant les opposer aux forêts plantées (monocultures d’eucalyptus, de teck ou d’acajou, mais aussi agroforêts traditionnelles), que nous ne traiterons pas ici.

Agroforêts à café en Ethiopie