IRD - Suds en ligne : les dossiers thématiques de l'IRD

Des forêts et des hommes

Des forêts et des hommes > Qu'est-ce qu'une forêt > Un point de vue d’écologues sur les forêts tropicales « naturelles »

Un point de vue d’écologues sur les forêts tropicales « naturelles »

Forêt « vierge » ou forêt « naturelle » ?  |  L’hétérogénéité des structures : à l’échelle locale  |  À l’échelle des grands massifs forestiers  |  L’échelle du paysage est la moins étudiée  |  Des réalités du terrain aux débats théoriques sur la biodiversité  |  Une théorie dite « neutraliste »  |  De fortes variations de diversité et de composition floristiques  |  Un enjeu scientifique majeur

L’hétérogénéité des structures : à l’échelle locale
L’image séduisante de l’« océan vert », moutonnement de couronnes s’étendant à perte de vue, donne l’illusion d’un continuum et d’une homogénéité de structure sur de grandes surfaces. En réalité, les forêts tropicales présentent une extrême hétérogénéité spatiale et temporelle, à toutes les échelles d’observation.
Loin d’être stable, la forêt est en perpétuel mouvement. A l’échelle locale (celle d’une parcelle), les chutes naturelles d’arbres provoquent des trouées dans la canopée. L’étendue et la fréquence de ces perturbations dépend beaucoup du contexte local (climat et relief) : relativement peu fréquentes et de petite taille (quelques centaines de m² en moyenne) dans les forêts de plaine équatoriales, elles peuvent toucher d’assez grandes surfaces (plusieurs hectares) dans des zones de montagne (glissements de terrain) ou dans les régions proches des Tropiques fréquemment touchées par des cyclones. Les perturbations engendrées par les activités de populations forestières traditionnelles (chasse, enrichissement localisé en espèces utiles, prélèvement d’arbres, agriculture itinérante) ont longtemps été (et sont encore dans certains cas) d’intensité suffisamment faible pour qu’il soit difficile de distinguer, sur le long terme, leurs conséquences de celles des perturbations dites « naturelles ».
Dans tous ces cas, l’ouverture du couvert forestier due aux trouées naturelles ou aux abattis des agriculteurs itinérants traditionnels n’est que temporaire. La durée nécessaire à la cicatrisation, c’est-à-dire à la reconstitution d’une canopée d’une hauteur proche de celle du couvert environnant, dépend de la superficie de la trouée, mais aussi du régime de perturbation et du contexte environnemental (par exemple fertilité du sol). Le résultat est qu’à l’échelle locale (de quelques hectares à quelques centaines d’hectares), loin d’être homogène, le couvert forestier est en réalité une mosaïque de patches de forêt d’âges très différents. Seuls ceux qui sont encore en phase de cicatrisation brisent l’apparente régularité du couvert. Pour les autres, les différences d’âge se traduisent par une plus ou moins grande taille des troncs, et par l’absence ou la présence de strates de végétation intermédiaires sous les plus grands arbres. Par ailleurs, toutes les espèces d’arbres n’ont pas le même potentiel de croissance en hauteur. Certaines donnent parfois des individus qui déploient leur couronne bien au-dessus  de la canopée environnante (jusqu’à plus de 60 m, et même 80 m en Asie), contribuant à l’irrégularité du couvert forestier. Enfin, les variations de la topographie et des sols peuvent aussi jouer un rôle dans les variations de la structure forestière.

Agroforêts à café en Ethiopie