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Des forêts et des hommes

Des forêts et des hommes > Qu'est-ce qu'une forêt > Un point de vue d’écologues sur les forêts tropicales « naturelles »

Un point de vue d’écologues sur les forêts tropicales « naturelles »

Forêt « vierge » ou forêt « naturelle » ?  |  L’hétérogénéité des structures : à l’échelle locale  |  À l’échelle des grands massifs forestiers  |  L’échelle du paysage est la moins étudiée  |  Des réalités du terrain aux débats théoriques sur la biodiversité  |  Une théorie dite « neutraliste »  |  De fortes variations de diversité et de composition floristiques  |  Un enjeu scientifique majeur

L’échelle du paysage est la moins étudiée
C’est aux échelles intermédiaires (celles qui vont du paysage au massif forestier) que les variations de structure et de dynamique forestières sont les moins bien connues. Pourtant, il semble logique que ces dernières dépendent, au moins en partie, de la grande diversité de contextes générée par la superposition des multiples gradients (climatiques, géologiques, pédologiques, biogéographiques) perceptibles à ces échelles. Mais les difficultés d’accès au terrain ont, jusqu’à ces dernières années, considérablement restreint les possibilités de mener des analyses pertinentes. Au sein de l’apparente monotonie des forêts denses, l’identification de faciès différents reposait jusqu’à ces dernières années sur des observations de terrain trop ponctuelles ne permettant de caractériser que les cas les plus contrastés (par ex. forêts d’altitude, inondées, ou sur sols lessivés.) De récentes avancées en matière d’exploitation et de validation de données de télédétection ont cependant permis d’identifier de manière crédible, et surtout de cartographier sur de grandes surfaces (l’est de l’Amazonie), des types forestiers qui diffèrent par leur degré d’irrégularité, d’ouverture de la canopée, de densité de tiges ou d’enlianement.
Là encore, il n’y a pas réellement de dichotomie claire entre forêts « primaires » et « anthropisées », mais plutôt un continuum résultant d’un gradient d’influence. Là où cette influence est peu marquée, l’Homme fait en quelque sorte partie de l’écosystème, et ses activités contribuent, sans la modifier fondamentalement, à la construction « naturelle » du paysage. Là où cette influence est très marquée –exploitation commerciale du bois, agriculture itinérante avec jachères de plus en plus courtes– les activités humaines modifient profondément la structure forestière et vont jusqu’à entraîner la formation de forêts secondaires (c. à. d. issues d’une régénération naturelle après coupe à blanc.) Enfin, certaines pratiques traditionnelles telles que la plantation d’arbres utiles modifient sensiblement le cours de la régénération forestière, au point que l’on peut se demander si les agroforêts, établies par les paysans en de nombreuses régions des tropiques, font encore partie de ce continuum : elles hébergent toujours une riche biodiversité forestière, sont parfois physionomiquement semblables aux forêts « naturelles », mais leur enrichissement en espèces économiques plantées, leur exploitation et gestion au quotidien, les rapprochent plus des systèmes de plantation que des forêts « naturelles ». 

Monts Tumuc-Humac, Guyane française