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Des forêts et des hommes

Des forêts et des hommes > Qu'est-ce qu'une forêt > Un point de vue d’écologues sur les forêts tropicales « naturelles »

Un point de vue d’écologues sur les forêts tropicales « naturelles »

Forêt « vierge » ou forêt « naturelle » ?  |  L’hétérogénéité des structures : à l’échelle locale  |  À l’échelle des grands massifs forestiers  |  L’échelle du paysage est la moins étudiée  |  Des réalités du terrain aux débats théoriques sur la biodiversité  |  Une théorie dite « neutraliste »  |  De fortes variations de diversité et de composition floristiques  |  Un enjeu scientifique majeur

Une théorie dite « neutraliste »
Face à de telles difficultés à appréhender la réalité et à apporter des preuves concrètes, la tentation est grande d’expliquer les distributions d’espèces, et donc les variations de diversité observées, au simple hasard. C’est ainsi qu’a été proposée, à partir des seules données d’inventaire d’une parcelle de 50 ha au Panama, une théorie dite « neutraliste » selon laquelle la diversité spécifique des communautés d’arbres en forêt tropicale résulterait avant tout de processus aléatoires. La présence d’un représentant d’une espèce particulière à un endroit et à un moment donnés relèverait plus du hasard que des préférences de cette espèce pour les conditions écologiques locales ou de ses relations avec les autres organismes présents. De fait, le modèle élaboré à partir de cette théorie prédisait de manière crédible la diversité observée sur la parcelle en question. Mais il se trouve que celle-ci est relativement pauvre en espèces (« seulement » 226 espèces d’arbres de D130 ≥ 10 cm ; voir plus bas pour une comparaison avec d’autres sites), et qu’en outre ces espèces ont des comportements écologiques peu différents. Cette théorie n’est pas pour autant à rejeter. Non seulement le mécanisme qu’elle propose permet vraisemblablement d’expliquer une bonne partie de la réalité, mais en outre elle a le grand avantage de proposer un modèle « neutre », à l’aune duquel on peut espérer pouvoir quantifier les phénomènes écologiques sur lesquels se basent les autres théories.