IRD - Suds en ligne : les dossiers thématiques de l'IRD

Des forêts et des hommes

Des forêts et des hommes > Représentations, usages, pratiques > Agriculture sur abattis-brûlis > L'Amazonie : entre forêt et abattis

L'Amazonie : entre forêt et abattis

Tessons de céramique

Des terres fertilisées  |  Une forêt anthropisée ?  |  Des foyers de diversification de plantes cultivées  

L'image d'une Amazonie vierge ou parcourue par des groupes restreints de chasseurs-cueilleurs ne résiste pas au solide maillage de faits apportés par des recherches archéologiques en développement. L'action de l'homme a transformé un environnement forestier vu aujourd'hui comme une mosaïque d'écosystèmes. Ces variations sont dues aux conditions écologiques mais aussi à l'action humaine qui a pu enrichir certaines portions de la forêt en espèces utiles, pratiquer une agriculture ou produire des sols extrêmement fertiles encore conservés aujourd'hui. Cette diversité de modes d'action sur la forêt doit être pensée en regard de l'immense diversité culturelle et linguistique des peuples amazoniens. Aujourd'hui près de trois cents langues appartenant à une soixantaine de familles linguistiques y sont parlées et on estime qu'elles ne représentent que la moitié des langues parlées lors de la colonisation au seizième siècle (Queixalós 2008).

Heckenberger and Neves (2009) distinguent trois grandes phases dans l'occupation de l'Amazonie. Entre 11 000 et 8 500 BP, la présence de groupes de chasseurs cueilleurs est attestée ; la deuxième phase se situe entre 7 500 et 3 500 BP, avec des céramiques à 6 000 BP et des indices d'activités agricoles. C'est de cette période que sont datées les premières évidences de culture du manioc, aujourd'hui principale plante cultivée en Amazonie. Puis, l'agriculture se développe, le nombre d'espèces domestiquées ou gérées également. L'hypothèse de systèmes de production complexes associant diverses composantes, chasse, pêche, cueillette, agriculture, mais aussi enrichissement de la forêt rend compte de la diversité des stratégies de subsistance des groupes amazoniens, diversité qui échappe au schéma encore dominant d'une évolution linéaire, des chasseurs-cueilleurs à des sociétés agricoles. Aujourd'hui l'histoire naturelle de la forêt amazonienne se confond en partie avec son histoire culturelle. On peut en prendre pour témoins trois éléments : les terras pretas ou terres noires, l'enrichissement de la forêt en espèces utiles et la domestication de nombreuses plantes cultivées.