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Ressources aquatiques en forêt : introduction générale

Séchage du cacao

L’Afrique est une terre de contrastes. D’une part, de vastes régions désertiques ou semi désertiques où l’eau est rare de nos jours, mais dans lesquelles on trouve encore des traces de réseaux hydrographiques autrefois fort développés. D’autre part, des régions très humides où parfois la pluviométrie excède 10 m par an, sillonnées par un réseau dense de cours d’eau d’accès souvent difficile dans lesquelles abondent les habitats aquatiques permanents et temporaires, dont les forêts inondées. C’est dans ces zones forestières que l’on trouve les biotopes de prédilection les « killis », ces petits poissons fort appréciés des aquariologistes, dont certaines espèces sont susceptibles de vivre dans les flaques d’eau formées par les empreintes des pieds d’éléphants…

Les rivières en zone forestière ont généralement des caractéristiques différentes de celles des zones de savane. D’une part, leur régime hydrologique est plus stable, avec une alternance moins marquée des saisons sèches et humides, et les cours d’eau ne se tarissent pas. D’autre part, les petits cours d’eau sont enfouis plus ou moins profondément sous la canopée, ce qui limite la pénétration de la lumière, et donc la production primaire. Le système écologique fonctionne donc essentiellement grâce aux apports détritiques de la forêt (feuilles, branches, troncs)  ou aux retombées d’invertébrés, de fruits, et de graines. Et ces apports sont importants, ce qui permet l’existence de communautés de poissons riches et diversifiées.

La grande quantité de matière organique en décomposition dans les eaux a plusieurs conséquences sur les conditions de vie des poissons. Les eaux des rivières forestières sont souvent qualifiées d’eaux « noires » par opposition aux « eaux blanches » de savane. Cette couleur est due aux grandes quantités d’acides humiques. Par ailleurs ces eaux sont acides avec des pH de l’ordre de 4 à 5, voire moins dans le Rio Negro. Et, l’abondance des débris végétaux en décomposition dans les zones d’eau calme, est à l’origine de phénomènes d’anoxie. Les poissons qui y vivent ont donc développé des adaptations physiologiques, et des mécanismes permettant de venir respirer l’air en surface.

Si les pêcheries des grands fleuves sahéliens ont surtout retenu l’attention des scientifiques, la contribution des systèmes aquatiques forestiers à l’alimentation des populations autochtones est pourtant loin d’être négligeable. Ces pêcheries moins visibles, souvent moins spectaculaires,  ont probablement été sous estimées. Il est donc important que l’on s’intéresse à ces milieux « orphelins » pour beaucoup de spécialistes des pêches.

Marais pestilentiels, impénétrables, dangereux
Marais pestilentiels, impénétrables, dangereux