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Des forêts et des hommes

Des forêts et des hommes > Représentations, usages, pratiques > Au-delà du bois : produits forestiers non ligneux et extractivisme > Introduction générale

Au-delà du bois : produits forestiers non ligneux et extractivisme

Bois de santal

Depuis l’aube du monde  |  On peut faire la guerre pour les produits forestiers non-ligneux  |  Extractivisme dans le monde  |  Collecte durable, épuisement, domestication  

La forêt ne produit pas que du bois. Pendant des siècles, dans les régions tempérées comme dans les pays tropicaux, elle a surtout été prisée pour ce que l’on appelle aujourd’hui les « produits forestiers non-ligneux » : fruits sauvages, gibier, champignons, fourrage pour les animaux, plantes médicinales, résines, latex, sèves, écorces, etc. Ces produits ont été longtemps dénommés par les forestiers professionnels les « menus produits de la forêt », terminologie fort mal appropriée car ces produits ont joué — et jouent encore — un rôle essentiel dans la vie quotidienne des sociétés forestières au Sud et dans l’économie domestique des sociétés rurales au Nord.

Jusqu’au XIXe siècle en France, la forêt fournissait des matériaux pour la construction, l’artisanat et les instruments agricoles, ainsi que du combustible pour le chauffage et la préparation des aliments. Elle fournissait aussi des nourritures pour les hommes et leurs animaux, et on allait parfois y chercher des litières de feuilles pour « fumer » les champs. Elle représentait de ce fait un complément essentiel de l’agriculture. Dans les pays tropicaux, la forêt est encore aujourd’hui source de nourritures variées, allant des fruits de bouche au vin de palme, des viandes aux poissons et aux crustacés, des fleurs aux tubercules. Ces nourritures forestières peuvent constituer l’essentiel de la diète (chez la plupart des populations de chasseurs-cueilleurs), ou être utilisées comme complément des aliments obtenus à travers l’agriculture. La forêt fournit aussi l’essentiel des matériaux utilisés pour la construction, l’artisanat, l’agriculture : du bois, des bambous, des troncs de palmier pour le gros œuvre, ainsi que de nombreux produits forestiers non ligneux, des feuilles aux lianes, des résines aux latex, des écorces aux fibres de palmier. Les produits forestiers non ligneux se retrouvent aussi dans la préparation de nombreuses médecines : feuilles, fleurs, racines, écorces, bourgeons, sèves et résines, peaux, poils, ongles, calculs biliaires, os, organes internes, entrent dans la composition de la plupart des médicaments utilisés par les populations forestières, et sont utilisés dans de nombreux rituels. Enfin, et ce dernier aspect n’est pas le moindre, ces produits ont constitué la base d’une importante économie d’échange entre les populations forestières et le « monde extérieur » (non forestier) : les produits forestiers recherchés parfois très loin des forêts d’où ils étaient extraits étaient échangés contre des produits manufacturés, comme des tissus, des jarres ou des porcelaines à Bornéo, ou contre des produits de première nécessité : le sel, le fer pour forger machettes et armes de guerre. Peu à peu, ces échanges se sont monétarisés, et le commerce des produits forestiers a constitué la principale source de revenu monétaire des communautés.

Il faut aussi mentionner la contribution fondamentale des produits forestiers non ligneux à l’économie des États. Certaines régions, certains royaumes, certaines nations, ont construit leur richesse sur le commerce de ces produits : on peut citer par exemple le royaume de Sulu, au nord des Philippines, qui a assis sa puissance en acheminant les produits des forêts de Bornéo vers l’empire chinois, ou encore le royaume de Srividjaya à Sumatra, qui contrôlait au 8e siècle tout le commerce des produits forestiers de l’archipel indo-malais vers la Chine, l’Inde et le Moyen-Orient. Entre le XVIe et le XVIIIe siècle, les Pays-Bas, à travers la Compagnie des Indes Orientales (VOC), sont devenus une des grandes puissances économiques européennes en s’assurant le monopole du commerce des épices du sud-est asiatique ; plus récemment, la ville de Manaus en Amazonie, a prospéré sur l’exploitation du latex de l’hévéa : le caoutchouc…
Parmi les « produits forestiers non-ligneux » se trouvent aussi des produits minéraux, et en particulier l’or, que l’on récolte, aujourd’hui comme hier, dans les rivières en filtrant les eaux courantes. Cette extraction qui s’effectue à grand renfort de produits hautement toxiques comme le mercure, connait aujourd’hui une recrudescence dans plusieurs régions tropicales : Amazonie et plateau des Guyanes, Bornéo.
On appelle « extractivisme » (tiré du mot brésilien extractivismo, employé pour l’activité économique générée par l’extraction du caoutchouc) cette activité développée autour de la collecte de produits forestiers non ligneux destinés au marché (régional, national ou international). Elle se différencie de la «cueillette», qui désigne la collecte d'un produit destiné à l'autoconsommation.

Récolte de latex sauvage
Récolte de latex sauvage