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Des forêts et des hommes

Des forêts et des hommes > Représentations, usages, pratiques > Le miel en forêt > Les miels des forêts d'arganiers

Les miels des forêts d'arganiers : Une mosaïque de territoires cultivés pour un florilège de pollens

À chaque espace de culture, une étape technique de la domestication de l’abeille  |  Temporalité des ressources apicoles et connaissances sur le métabolisme des abeilles  |  De l’emplacement des ruches à la pollinisation des arbres  |  L’hétérogénéité des territoires cultivés, clef de la performance apicole du Sud Maroc

Collecte de miel liquide

Même si cela peut paraître paradoxal selon les logiques du déterminisme climatique et géographique, c’est bien une réalité découlant de la subtilité du rapport entre sociétés et environnement : c’est dans les régions présahariennes atlantiques du Maroc que l’on trouve une des plus grande diversité de miel d’Afrique du Nord. Miel d’arganiers, de jujubiers, de chardons, d’euphorbes divers et variés, de thym, autant de miels qui répondent à une diversité de savoirs-faire locaux qui prend forme dans la variété des types de ruches traditionnelles, allant des ruches en troncs de dragonnier aux ruches en poterie. Dans ces régions semi-arides bénéficiant certes d’un apport d’humidité océanique, le foisonnement des pollens, des essaims et des savoirs-faire apicoles, ainsi que la spécificité biologique de l’abeille saharienne, résultent en grande partie de la co-évolution entre les groupes berbères du sud du Maroc et un écosystème forestier unique, l'arganeraie. L’agro écosystème façonné par les générations de paysans chleuhs (de langue tachelhit) s’appuie essentiellement sur l’arganier (Argania spinosa), espèce endémique couvrant environ 850 000 hectares et permettant le développement d’un couvert floristique mellifère diversifié. Cette forêt clairsemée est habitée, transformée et façonnée par de nombreux groupes berbères tels que les Aït Ba'amran, afin de répondre à leurs besoins agropastoraux, dont ceux liés à l’apiculture. A l’heure où la production industrielle de miel envahit les régions présahariennes de l’arganeraie et menace la survie de l’abeille saharienne et l’existence des ruches locales, la priorité est de mettre en lumière la richesse des savoirs-faire apicoles des tribus berbérophones, comme celle des Aït Ba’amran de la région de Sidi Ifni.

Les savoir-faire apicoles reposent en partie sur la manipulation de différents types d’espaces agraires et l'apiculture est partie intégrante de l'agro-écosystème global. Bien que sédentaire, l'apiculture dans le sud du Maroc implique une grande diversité d'espaces agraires, comprenant les falaises à chutes d'eau, les champs de céréales et d'arganiers, les zones arboricoles fermées, les zones de monoculture de figuiers de barbarie (Opuntia ficus indica), les parcours dominés par les euphorbes (Euphorbia echinus, Euphorbia balsamicus). Chaque unité agraire spatiale est le support d'un certain degré de domestication des abeilles : capture des essaims sauvages, acclimatation des ruches, production de miel, reproduction des essaims. Les savoirs-faire apicoles des populations locales s’illustrent par la connaissance sur le comportement des abeilles (comportement alimentaire, temporalité des préférences de matières apicoles), leur métabolisme (vertus des plantes sur la vie des abeilles, leur capacité à essaimer, leur capacité à nettoyer la ruche), et la pollinisation qu’elles permettent.

Rayon de miel collecté dans un Koompassia à Bornéo