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Des forêts et des hommes

Des forêts et des hommes > Représentations, usages, pratiques > Le miel en forêt > Le miel, le café, les hommes et la forêt dans le sud ouest éthiopien

Le miel, le café, les hommes et la forêt
dans le sud ouest éthiopien

Ouverture nocturne d’une ruche

Une forêt « naturelle » très anthropique  |  Représentations et usages paysans des forêts face aux changements historiques  |  Le miel produit et protecteur de la biodiversité forestière  |  De la forêt domestique à usage multiple à la monoproduction caféière privée

Une forêt « naturelle » très anthropique
Vraies ou fausses les images qu’on se fait d’une réalité sont prégnantes, voir collantes. L’existence de grandes forêts tropicales humides dans le Sud Ouest de l’Ethiopie est par exemple le plus souvent insoupçonnée, d’autant qu’elles se trouvent à proximité des régions sèches voir arides du sud-est Soudan et du nord Kenya. Et puis ne dit-on pas que ce pays a connu une forte déforestation ? Pas encore partout pourrait-on dire en première approximation. Mais à l’analyse, les pratiques sont plus complexes et ambivalentes qu’on ne le dit. À proximité immédiate de la « zone » du Kafa dont nous allons parler, plus précisément dans les environs de la ville de Jimma, se trouvent des agroforêts à café qui ont été progressivement édifiées de toute pièce, pour certaines sur d’anciens pâturages.
À l’opposé de ‘forêts’ à l’évidence aussi artificielles, dans la région voisine du Kafa, on trouve des forêts dites  ‘naturelles’ tout en étant ‘à café’ puisque  l’ensemble des massifs qu’on y trouve sont connus sous le nom générique de coffee forest. Reconnues par les chercheurs comme réserve de biodiversité génétique pour le café arabica qui est originaire de ces forêts et continue d’y pousser spontanément, elles commencent à faire l’objet de la part des pouvoirs publics, de vastes concessions à des entrepreneurs privés pour la plantation mono spécifique de cafés sélectionnés. Les grains seront vendus sous différents labels tels que ‘café de forêt’, et les plantations pourront se voir décerner une éco certification pour cause de contribution à la protection de la forêt. Image encore, construite pour vendre mais fausse dans la mesure où les plantations de café entrainent une forte simplification du couvert et de la diversité forestière initiaux.  Leur mise en place revient surtout à supprimer la forêt à usage multiple que les sociétés locales avaient réussi à maintenir et à se partager depuis plusieurs siècles en dépit de vissicitudes historiques récentes peu favorables.
C’est de celle-ci dont nous allons parler. Elle n’était pas si ‘naturelle’ qu’elle peut paraitre tout en étant utilisée dans et pour toute sa diversité. Elle s’avère à l’analyse avoir été organisée, y compris physiquement, en moyen commun de prélèvements individuels multiples dont le miel était et reste l’un des principaux produits, concurremment avec le café qui tend désormais à le dépasser.
Un rapide résumé des changements de contextes  politiques et institutionnels indique que, jusqu’à la période actuelle, les divers changements de statut de ces espaces n’avaient entamé qu’à la marge les conditions d’accès aux ressources forestières. L’examen préalable des catégorisations locales des espaces suggère en outre que la gestion à la fois physique et sociale d’un haut niveau de diversité biologique était directement liée à la diversité des usages et des catégories d’acteurs intervenant. Une brève présentation des conditions de la production mellifère fournit une bonne illustration de l’usage qui est fait de la biodiversité forestière.
Nous insistons pour conclure sur les bouleversements sociaux et culturels induits par l’introduction très récente de la monoculture caféière en forêt. Dans  sa logique agronomique comme dans ses implications foncières elle s’oppose radicalement aux conceptions paysannes qui organisaient socialement et physiquement une forêt diverse et multi usage.

Arbre à ruches
Tedjbet ou bar à hydromel