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Des forêts et des hommes

Des forêts et des hommes > Représentations, usages, pratiques > Le miel en forêt > Introduction générale : apicollectes, apicultures

Le miel en forêt : apicollectes, apicultures

Rayon de miel collecté par des Pygmées Aka

Les abeilles : d’inégalables altruistes  |  La chasse au sucre : de l’histoire ancienne  |  Abeilles, apicollecte et enjeux environnementaux

Les abeilles : d’inégalables altruistes
Dans le règne animal terrestre, la saveur sucrée est très largement perçue comme agréable, à l’inverse de la saveur amère qui alerte sur une probable toxicité et qui, dès les premières heures de la vie d’un nouveau né humain, induit un réflexe de répulsion. L’attraction suscitée par le sucré est d’autant plus forte qu’elle est en grande majorité émise par des composés glucidiques qui sont une source énergétique déterminante de notre alimentation. Il n’est pas surprenant que de nombreuses plantes angiospermes investissent dans la production de sucre pour attirer à elles de potentiels disséminateurs. Le sucre intervient en quelque sorte comme une monnaie d’échange, l’animal étant récompensé pour le rôle qu’il va jouer dans la dissémination des graines, donc dans les chances de survie de la plante. Dans la mise en place de ces interactions entre végétaux et animaux, la duperie est parfois de mise : certaines plantes ont développé des composés édulcorants peu coûteux à synthétiser (la production de sucre est énergétiquement coûteuse pour la plante) qui vont stimuler le disséminateur, mais sans le nourrir. Le partenaire animal est alors trompé puisqu’il ne satisfait que son plaisir hédoniste et collabore donc « à perte ».

Le miel constitue une exception remarquable : c’est un cas unique où le producteur de sucre, l’abeille, est exploité sans bénéfice en retour. Hormis l’abeille elle-même qui produit et stocke le miel pour nourrir sa colonie, les consommateurs de miel sont de véritables parasites puisqu’ils viennent puiser dans les réserves de l’insecte mellifère, sans lui fournir le moindre “dédommagement”. Les abeilles sont décidément des altruistes de très bonne constitution car, outre le fait qu’on leur prélève allègrement miel, cire, gelée royale, propolis, pollen, couvain et venin, elles ont la bonté d’assurer la pollinisation de la plupart des plantes qui sont essentielles à l’alimentation humaine… Que reçoivent-elles en retour sinon de profondes altérations et pollutions d’origine anthropique des milieux qu’elles exploitent, au point de voir leurs colonies mises en péril ?