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Nutrition et santé

Enfants Baka

La biodiversité élevée des forêts tropicales humides concerne également les pathogènes  |  Bilan épidémiologique des peuples forestiers tropicaux  |  Risques sanitaires et nutritionnels différents entre forêt et savane

La biodiversité élevée des forêts tropicales humides concerne également les pathogènes
Les forêts tropicales sont des milieux à biodiversité particulièrement élevée. Cette biodiversité est certes source d’une grande richesse en ressources alimentaires potentielles — garante d’un régime alimentaire qualitativement satisfaisant — mais elle concerne également la diversité et la multiplication des pathogènes. La diversité en espèces végétales et animales diminue au fur et à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur. Ce principe vaut également pour la diversité en espèces parasites et infectieuses. En outre, ce lien entre la latitude et l’abondance en agents pathogènes — notamment les très nombreux arthropodes suceurs qui sont de redoutables vecteurs de maladie — doit beaucoup aux conditions climatiques. Il en résulte une étroite corrélation entre la diversité des maladies parasitaires et infectieuses et la répartition des forêts tropicales chaudes et humides. Cette corrélation a longtemps alimenté la conviction que les forêts sont des environnements inhospitaliers pour l’homme. C’est un peu trop vite oublier les nombreux services fournis par ailleurs par les écosystèmes forestiers naturels pour contrôler l’apparition et réguler la propagation de maladies infectieuses. La biodiversité assure en effet une fonction de protection contre les pathogènes, en maintenant un subtil équilibre entre les prédateurs et leurs proies, et entre les vecteurs et les parasites, aussi bien chez les végétaux, les animaux et les humains. Maintenir une diversité biologique dans les forêts est le meilleur rempart que l’on puisse imaginer contre le développement des maladies.
Pour autant, la forêt impose-t-elle aux sociétés humaines qui vivent en son sein des conditions d’adaptation biologique et culturelle qui seraient différentes de celles rencontrées dans d’autres environnements naturels ? La question mérite d’être posée quand on sait que certaines maladies transmissibles — tréponématose et onchocercose notamment — ne s’expriment pas de la même façon en forêt et en savane.

Pour tenter de répondre à cette question, il importe de considérer l’ensemble des maladies comme étant en interaction les unes avec les autres dans un milieu et une population donnés. Bien que pertinent uniquement en un temps et un lieu particuliers, ce système d’interactions, connu sous le terme barbare de pathocénose, requiert une approche globale pour comprendre comment la distribution de chaque maladie est influencée par celles de toutes les autres. On ne considère plus alors un problème isolé (une carence, une maladie...), mais bien un ensemble de contraintes biologiques subies par une population, elle-même marquée par une histoire, des croyances, une idéologie…
Cette nouvelle approche implique une étude épidémiologique fine des différents groupements familiaux concernés, en fonction de leurs activités et des caractéristiques écologiques et biologiques de leur environnement. Elle fait appel à une démarche interdisciplinaire qui mobilise tout autant les traditions orales concernant le peuplement et les migrations, les sources écrites de l’histoire médicale, l’évaluation quantitative et saisonnière de l’état nutritionnel, l’étude quantifiée de la consommation alimentaire et de la valeur nutritionnelle des régimes traditionnels — en particulier des produits de cueillette et de chasse —, l’étude de la dépense énergétique,  et l’épidémiologie des principales endémies et leurs relations avec le milieu, qu’il soit naturel ou fortement transformé par l’homme.

Enquête nutritionnelle dans un campement Bakola