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Des forêts et des hommes

Des forêts et des hommes > Représentations, usages, pratiques > Des règles locales pour gérer la forêt > Les pratiques d’Agdal dans le Haut Atlas marocain

Une autre façon de gérer la forêt :
les pratiques d’Agdal dans le Haut Atlas marocain

« Agdal » forestier du village Aït Ouchi

Sécuriser l’usage des ressources forestières  |  L’Agdal au croisement des approches socio-écologiques et patrimoniales  |  Inventer les Agdals de demain

Héritées d’un passé lointain, les pratiques communautaires d’Agdal 1 sont omniprésentes dans les sociétés agropastorales berbères (amazighes) de l’Atlas marocain. Il s’agit de mises en défens (interdictions d’usage), le plus souvent saisonnières, portant sur des ressources spécifiques au sein d’un territoire délimité. Une des caractéristiques essentielles de l’Agdal est l’alternance de période d’ouverture et de fermeture du territoire.
Selon la nature des ressources protégées, on distingue des Agdals pastoraux, forestiers, fruitiers, agricoles ou fourragers, plus rarement des Agdals de plantes mellifères ou encore des Agdals marins sur le littoral… L’Agdal permet aussi la protection de ressources créées par l’homme (habitat, source, canal etc.). Au-delà d’une pratique ou d’un savoir, l’Agdal est un concept « traditionnel » potentiellement mobilisé pour faire face aux situations d’insécurité touchant les ressources collectives (Auclair & Alifriqui, 2011).
Nous développons ici l’exemple des Agdals forestiers du Haut Atlas central. Ces espaces arborés sont gérés par des communautés villageoises qui instaurent des mises en défens temporaires concernant la coupe de bois et de fourrage foliaire. Dans la vallée des Ayt Bouguemmez (notre site d’étude dans le Haut Atlas central 2), les forêts sont constituées de chêne vert (Quercus ilex) et de trois espèces de genévrier 3 dont la composition varie en fonction des conditions écologiques. Les espaces forestiers fournissent des ressources diversifiées nécessaires aux populations rurales :
- le bois utilisé pour la cuisson des aliments et le chauffage des habitations ; 
- les perches et les poutres utilisées pour la construction des charpentes ;
- le fourrage foliaire, source d’appoint essentielle pour l’alimentation des troupeaux en hiver. La forêt est parcourue par le bétail la plus grande partie de l’année. Elle constitue en outre une  réserve foncière dans laquelle les habitants puisent au besoin pour étendre par défrichement leurs cultures vivrières (orge et seigle).

Deux régimes coutumiers (Agdal / hors Agdal), aisément repérables dans le paysage, caractérisent les territoires forestiers gérés par les communautés villageoises :

1 plur. Igudlan / Igdalen
2 Les programmes de recherche AGDAL (2003-2007) et POPULAR (2007-2010), objet d’un partenariat entre l’Université Cadi Ayyad de Marrakech (UCAM) et l’IRD.
3 Juniperus thurifera, Juniperus oxycedrus, Juniperus phoenicea