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Des forêts et des hommes

Des forêts et des hommes > Représentations, usages, pratiques > Des règles locales pour gérer la forêt > La forêt indonésienne, entre règles locales et écologie politique

Gouvernement des arbres ou gouvernement des hommes ? La forêt indonésienne, entre règles locales et écologie politique

Forêt et pouvoir

Benjoin contre Eucalyptus, forêt paysanne contre plantation forestière  |  Autour du damar : la forêt paysanne dans la construction des rapports sociaux  |  Le caoutchouc des essarteurs : conquête du marché ou combat politique ?

La forêt en Indonésie constitue un élément essentiel du paysage, couvrant à l’origine plus de 80 % des terres de l’archipel (145 millions d’hectares sur un  territoire de 1 800 000 km2). Elle est gérée à la fois à travers des règles locales qui définissent pour chaque segment des groupes sociaux l’accès et l’usage des ressources selon son statut dans la communauté et les systèmes de parenté, et par la constitution, à travers les lois forestières.
L’évolution du couvert forestier est fortement influencée par les pratiques nées des conflits entre ces deux systèmes de contrôle. En effet, la maîtrise de l’accès à ces espaces forestiers a, de tous temps, été essentielle dans la construction ou la consolidation du pouvoir et de la richesse, aussi bien au niveau villageois qu’au niveau des élites gouvernantes. Ainsi, toute l’histoire politique de l’Est de Bornéo s’est cristallisée autour du contrôle, par les chefferies côtières, de l’accès aux forêts de l’intérieur et de la commercialisation de leurs produits principaux: nids d’hirondelle, corne de rhinocéros et esclaves A Timor, des monopoles de récolte du bois de santal ont été mis en place, bien avant le XXe siècle, par les potentats locaux.
La recherche de la maîtrise des accès a entraîné de nombreuses destructions : l’extension du pouvoir colonial sur des terres ou des ressources forestières considérées localement comme appartenant à la collectivité ont vu se généraliser les conflits entre règles locales et juridiction centrale, avec, en réponse à ces conflits, les premiers exemples de conversion massive. Faisant abstraction des droits coutumiers et des pratiques indigènes sur les forêts, elle met en place un modèle très centralisé de contrôle visant à transférer la gestion locale des forêts aux services forestiers ou aux concessionnaires privés (à Java pour l’exploitation du bois de teck, et dans les îles extérieures pour celle des produits non-ligneux importants pour l’industrie comme les résines et les latex). Ce système centralisé de contrôle sur le domaine forestier, considéré comme un domaine public, sera repris après l’Indépendance et plus tard avec la mise en place de l’Ordre Nouveau du président Suharto, par l’administration indonésienne. Avec lui, les problèmes de conflit entre populations locales et gouvernement central vont s’amplifier, ce qui va marquer profondément l’évolution du couvert forestier.
Cependant, ces conflits ont aussi entraîné des reconstructions — souvent agro/forestières — originales. Dans la plupart des cas, la mise en place par les paysans d’agroforêts bâties autour d'espèces commerciales comme le benjoin, le rotin, le caoutchouc, les résines damar répond à un besoin de redéfinition de droits ou d'autres types de rapports socio-politiques liés à la forêt.

Forêt domestique brulée à Bornéo