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Des forêts et des hommes

Des forêts et des hommes > Représentations, usages, pratiques > Production de viande en forêt > De la chasse de subsistance à la filière de viande de brousse

De la chasse de subsistance à la filière de viande de brousse

Boucanage du gibier

L'homme, ce prédateur naurel  |  Distinction entre chasse "active" ou "directe" et piégeage  |  Uniformisation d'une activité sous contrainte économique  |  L'importance du savoir des enfants dans le domaine de la chasse  |  Le commerce de viande de brousse  |  Actions à mener dans les villages  |  Actions à mener dans les villes

L’homme, ce prédateur naturel
La chasse constitue l’un des plus anciens modes de prélèvement des ressources naturels conçu par l’homme. La diversité des gibiers traqués et des milieux dans lesquels elle se pratique a servi de cadre à une incroyable inventivité des hommes pour capturer des animaux. La chasse est un art, reposant sur des moyens techniques d’une richesse infinie, nécessitant l’acquisition d’un savoir et d’un savoir-faire confirmés, et d’une excellente connaissance de l’écologie et de la biologie de la faune. La chasse peut se décliner en solitaire ou en groupes pouvant excéder plusieurs dizaines de participants, de tous âges et des deux sexes et mobiliser toutes sortes d’instruments et d’auxiliaires.
En région forestière humide, l’on peut distinguer trois types de chasse selon leur finalité économique : la chasse de subsistance, la chasse commerciale et la chasse sportive. Nous ne nous attarderons pas sur le 3e type qui est essentiellement pratiqué par des touristes fortunés et qui est censé être conduit sous le contrôle rigoureux de l’État. Il suppose l’octroi de droits exceptionnels d’abattage moyennant le paiement de fortes taxes qui alimentent les caisses de l’état. C’est une source de devises importante et convoitée, qui ne devrait pas trop mettre en danger les ressources fauniques si elle ne donnait pas lieu à des dérapages frauduleux bien difficiles à dénoncer.
La chasse de subsistance est celle qui est pratiquée par la grande majorité des habitants des forêts, fussent-ils agriculteurs, pêcheurs ou chasseurs-cueilleurs, pour satisfaire les besoins alimentaires de leurs familles et de leurs proches. Cette activité de chasse, pratiquée d’aussi loin que les forêts sont fréquentées par l’homme, est tolérée tant qu’elle se pratique hors de limites d’aires protégées, ce qui pose très vite des problèmes aux populations riveraines ou installées à l’intérieur d’une réserve de biosphère ou d’un parc national. Le seuil au delà duquel il ne s’agit plus d’une activité de subsistance est très difficile à établir et à faire respecter. Les bienfaits de la viande de la chasse dans l’alimentation des peuples des forêts n’est plus à démontrer. Chez les Mvae, agriculteurs-pêcheurs-piégeurs du sud du Cameroun, la consommation de gibier s’élève en moyenne à 129 g par personne et par jour. Elle atteint 201 g par personne et par jour chez les Pygmées Kola de la même région. Chez les Punan de Bornéo, cette consommation oscille entre 146 et 494 g par personne et par jour.
La chasse commerciale de viande de brousse a connu un développement très important au cours des deux dernières décennies. C’est une activité professionnelle rémunératrice qui consiste à capturer du gibier pour le vendre et ainsi alimenter les grands marchés urbains, voire internationaux (restauration, commerce d’animaux vivants). Cette activité, mal réglementée, est celle qui est la plus néfaste et la moins durable car elle est animée par un désir de profit. La situation se complexifie en contexte de crise économique et environnementale, dès lors que chasse de subsistance et chasse commerciale sont pratiquées indistinctement par les mêmes protagonistes. Il devient difficile de faire la part entre les deux activités et c’est ainsi que des chasseurs de subsistance peuvent se voir sanctionner au titre du braconnage.
D’autres formes de chasse commerciale concernent le trafic d’animaux vivants vendus comme auxiliaires de compagnie ou d’agrément dans les pays riches ou dans les grandes villes de pays en développement. L’illégalité de ce commerce encourage des conditions de captivité déplorables qui occasionnent une mortalité élevée des animaux séquestrés. Pour compenser ces pertes, la pression de prélèvement est poussée à l’extrême et fait peser des risques d’extinction sur les populations d’animaux convoitées.

Piège à collet
Visite des lignes de pièges