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Des forêts et des hommes

Des forêts et des hommes > Représentations, usages, pratiques > Production de viande en forêt > Élevage, proto-élevage et chasse domestique

Élevage, proto-élevage et chasse domestique

Ovins et volailles dans un village du Cameroun

Petit bétail : un capital sur pied  |  Chasse domestique dans des espaces agroforestiers permanents  |  Proto-élevage dans des espaces péri-urbains dégradés

Petit bétail : un capital sur pied
Par essence, les régions forestières tropicales ne sont pas des régions propices à l’élevage. Dans les latitudes tropicales, la conduite de l’élevage de gros ruminants s’envisage essentiellement à travers une transhumance ou du “ranching” dans de grands espaces herbeux et conviennent donc mieux à de vastes milieux ouverts plus propices à la divagation des troupeaux. Les grands peuples pastoralistes ou éleveurs sont des habitants de zones de savanes ou de steppes situées à des latitudes subtropicales plus sèches.
L’élevage intensif, supposant le contrôle des troupeaux en stabulation contrôlée, ne convient pas aux tropiques humides car la concentration des troupeaux dans un espace confiné favorise les zoonoses — maladies à transmission d’origine animales — car les agents pathogènes y rencontrent des conditions favorables à leur prolifération. Ces élevages constituent en outre un point de convergence de prédateurs (fauves, carnivores, gros reptiles) qui déciment les troupeaux et constituent une menace indirecte pour les hommes.

Compte tenu de ces contraintes, l’élevage en forêt ne peut que se limiter à quelques animaux laissés en divagation libre dans un espace relativement restreint (cour de village) que les animaux partagent avec les hommes. À ce titre, il ne peuvent constituer une ressource alimentaire de consommation courante, et leur utilisation alimentaire ne peut s’envisager que dans un cadre occasionnel et circonstanciel : funérailles, levée de deuil, fiançailles, mariage, célébrations liées au calendrier chrétien, réussite à un examen, réception d’un hôte de marque, etc. Le sacrifice de l’animal s’opère presque toujours dans un cadre ritualisé et sa consommation accompagne alors un événement festif.
Ce petit bétail, composé de volailles, caprins, ovins et petits porcins, constitue en outre un capital vivant auquel on peut éventuellement recourir pour faire face à une dépense imprévue ou coûteuse : scolarisation des enfants, hospitalisation, prestation matrimoniale, aide à un parent dans le besoin…
L’attention et l’investissement consacrés à ce petit élevage est minimaliste : pas de vaccination ni de soin, aucun apport alimentaire particulier si ce n’est des résidus de repas, les animaux se débrouillant à trouver leur nourriture dans le voisinage immédiat. La présence de ces animaux contraint souvent à la mise en défens de petits espaces de production proches de l’habitat — jeunes plants d’arbres, pépinières, jardinets — qui sans cela seraient rapidement dévastés.
En dormant à proximité des habitations, le petit bétail sert en outre de capteurs de pathogènes qui sont en quelque sorte détournés de leurs proies humaines éventuelles : les anophèles, moustiques nocturnes vecteurs du paludisme, se contentent d’aller piquer ces animaux à sang chaud à portée de pompe buccale, et vont d’autant moins importuner les hommes dans leurs habitations.