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Des paysages urbains contrastés
  |  Les habitants,
acteurs à part entière
  |  La ségrégation toujours présente
Les politiques publiques ont du mal à s'imposer

Les politiques publiques ont du mal à s'imposer

Comprendre les dynamiques de l'espace métropolitain, c'est s'intéresser à la manière dont l'Etat élabore des politiques urbaines, les redéfinit et les transforme sous la pression des pratiques citadines et des exigences des instances internationales.
Autrefois, les métropoles appliquaient des politiques urbaines très différentes. Aujourd'hui, sous la pression des organisations internationales (Banque Mondiale, FMI…), qui tentent d'imposer un modèle politique commun à toutes les métropoles, ces différences tendent à disparaître. Dès lors, on assiste à des convergences entre des situations a priori opposées (Bogota, Delhi) et des divergences entre des situations a priori similaires (Delhi, Paris). Ce phénomène tient au réajustement des politiques urbaines qui changent sans cesse faute d'obtenir les résultats désirés. Mumbai en est un bon exemple : pour freiner l'expansion de son territoire, elle eut l'idée d'exclure du marché du logement les terrains inhabités afin d'éviter l'afflux d'étrangers. Mais ces derniers contournèrent le problème en allant s'installer illégalement sur les terrains éloignés. La conséquence fut une expansion plus forte de la ville. Les décideurs ont fait ici l'erreur de ne pas considérer les besoins des étrangers, ni leur pouvoir d'action. Cette erreur est courante et génère des résultats inattendus, parfois contraires aux objectifs. C'est le cas lorsqu'un Etat identifie mal les attentes de sa population ou ne mène pas à terme ses plans politiques.
Les politiques urbaines ont beaucoup évolué au cours du XXe siècle. Au début, elles consistaient essentiellement en une planification de l'espace c'est-à-dire, définir les usages et les fonctions de chaque zone urbaine. Mais la difficulté d'appliquer ces plans urbains a conduit les décideurs à modifier leur approche. Ainsi, après les années 1980-1990, ils se sont davantage intéressés aux modes d'intervention qu'aux objets de l'intervention. Ces politiques dites de gestion ont donné lieu notamment à une décentralisation des pouvoirs aux administrations locales. Mais l'absence de savoir-faire des services de gestion qui proposent par exemple, aux plus démunis, des logements sociaux à des prix inabordables montre encore l'incohérence de certaines politiques.
Face aux pressions des organismes internationaux, qui tentent d'ajuster les politiques des métropoles, et des acteurs informels qui contournent les lois, les politiques publiques ont du mal à s'imposer. Plus proche des citoyens, l'Etat a encore du mal à identifier les attentes de tous les acteurs impliqués dans le développement urbain, notamment des plus démunis. Le décalage de ses réponses face aux besoins discrédite son rôle. Pour sortir de l'impasse il faudrait que l'Etat appréhende l'espace urbain de façon dynamique et non plus statique, qu'il considère davantage les habitants comme des sujets actifs qui concourent aux transformations de la ville.
Il n'est pas facile de comparer des métropoles qui se situent dans des aires géographiques différentes et qui appartiennent à des systèmes politico-administratifs et socio-économiques spécifiques. La diversité culturelle des habitants des métropoles nous confronte aussi à des pratiques citadines particulières. Enfin, la variabilité des concepts, des catégories d'analyse et l'accès aux données statistiques posent d'autres problèmes.
Néanmoins, les auteurs ont surmonté ces obstacles et proposé une nouvelle lecture des villes en montrant tout l'intérêt d'appréhender les dynamiques métropolitaines par l'étude des mobilités spatiales. Aussi pertinente que les analyses classiques, cette approche a permis de faire émerger des similitudes ou des divergences métropolitaines, de dévoiler leur diversité et de montrer que, malgré un phénomène de mondialisation, les métropoles du Sud ne reproduisent pas à l'identique les modèles des métropoles du Nord. Pour parvenir à de tels résultats, il était nécessaire de connaître l'histoire des métropoles pour saisir les schémas successifs de distribution des densités et les modalités d'expansion territoriale. Au delà de l'aspect temporel mis en avant, cette étude remet en cause l'illusion très répandue de la maîtrise des territoires dans ses multiples aspects. Elle montre aussi et surtout que la compréhension des dynamiques métropolitaines doit passer par une (re)connaissance de l'habitant comme acteur des évolutions de la ville. Enfin, elle propose un cadre d'analyse qui combine différents objets traditionnellement considérés de manière isolée (comportements de mobilité, politiques et recompositions urbaines) et révèle la multiplicité des facteurs qui interviennent dans les dynamiques métropolitaines.