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Les sols, des milieux vivants très fragiles

Nutrition, sécurité alimentaire dans le Sahel

La diversité alimentaire chez les femmes en âge de procréer  |  Relations entre la qualité de l'alimentation du jeune enfant et son état nutritionnel  |  Vulnérabilité des ménages en milieu urbain

La diversité alimentaire chez les femmes en âge de procréer
au Burkina Faso

Dans la plupart des pays du Sud et en particulier dans les régions du Sahel, le régime alimentaire varie suivant les saisons. Au Burkina Faso, l’un des pays les plus pauvres d’Afrique, les populations rurales qui vivent essentiellement de l’agriculture disposent de terres peu arables et sont exposées à des précipitations insuffisantes et inégalement réparties dans le temps et dans l’espace. Le cycle des saisons se découpe en trois périodes distinctes : la saison des récoltes, d’octobre à décembre, suivie d’une période de relative abondance de janvier à avril, puis d’une période de soudure de mai à septembre. Celle-ci s’étend du moment où les stocks de céréales s’épuisent à la récolte suivante, après la saison des pluies (qui survient de juin à septembre). Elle est d’autant plus difficile à vivre qu’elle coïncide avec un travail agricole intense et une plus grande fréquence de maladies (le paludisme, notamment).
Les travaux de l’équipe se sont ensuite orientés vers la diversité alimentaire chez les femmes en âge de procréer dans le milieu urbain, où il y a en principe un meilleur accès à une plus grande variété d’aliments. Toutefois le milieu urbain reste très hétérogène et relativement moins étudié que le milieu rural en termes de malnutrition par carences, alors que les pauvres deviennent de plus en plus nombreux en ville. Les différents travaux menés depuis 2007 à Ouagadougou ont permis de montrer que l’indice de diversité alimentaire étudié en milieu rural restait lié au niveau socio-économique des ménages, mais pas à la corpulence des femmes – qui, en ville, est bien supérieure. De plus, on a pu montrer le rôle important de la petite restauration hors-domicile pour aider les femmes à couvrir leurs besoins en certains micronutriments. Les travaux sur l’indicateur de diversité lui-même ont par ailleurs révélé qu’en ville utiliser un nombre plus important de sous-groupes (21, au lieu de 9 dans les travaux en milieu rural) permettait d’obtenir de meilleurs résultats.
Afin d’envisager des programmes garantissant la sécurité alimentaire dans ces régions, l’identification des populations les plus vulnérables du point de vue alimentaire et nutritionnel s’avère nécessaire. Des nutritionnistes de l’IRD ont étudié la diversité alimentaire des femmes d’une province rurale du Burkina Faso, à deux périodes distinctes de l’année : en avril pendant la saison sèche et en septembre pendant la saison humide. Ce travail est le fruit de la thèse de Mathilde Savy, « Indices de diversité alimentaire : mesure et utilisation chez des femmes en âge de procréer au Burkina Faso » réalisée avec l’IRD et soutenue avec succès en octobre 2006.

La diversité alimentaire représente le nombre de groupes alimentaires différents consommés par chaque individu sur une période donnée (ici 24 heures). Dans cette étude, 9 groupes ont été considérés : 1- céréales, racines et tubercules, 2- légumineuses, 3- fruits et légumes riches en vitamine A (mangue, légumes-feuilles…), 4- autres légumes (gombo, tomates, oignons…), 5- autres fruits, 6- viandes, volailles et poissons, 7- oeufs, 8- lait et produits laitiers, 9- graisses et huiles. Elle constitue un bon indice de la qualité du régime alimentaire, notamment lorsqu’il s’avère difficile d’établir précisément la taille des rations. En effet, un régime peu diversifié, en limitant l’apport de micronutriments (vitamines et minéraux, tels que fer, iode, calcium, zinc, etc.) peut entraîner un état de malnutrition à plus ou moins long terme. Les enquêtes, menées auprès des 550 femmes incluses dans l’étude, montrent que la diversité alimentaire change entre avril et septembre, soit entre le début et la fin de la période de soudure. Contrairement à ce que l’on pouvait penser, le régime des femmes se révèle globalement plus diversifié à la fin de cette période de soudure, pourtant marquée par la rareté ou le prix élevé des céréales habituellement consommées et des conditions de vie plus difficiles. Cette augmentation inattendue de la diversité alimentaire s’explique par un changement d’alimentation saisonnier : avec l’arrivée des pluies dès le mois de juin, les femmes disposent en septembre, gratuitement (cueillette ou ramassage) ou à faible prix, d’autres végétaux à consommer (maïs, arachides, légumes, haricots…), mais aussi de lait, en particulier pour celles qui possèdent un troupeau, et de poisson frais. Ainsi, le nombre de femmes considérées comme très à risque en raison d’un régime peu diversifié (avec un indice de diversité égal à deux groupes alimentaires consommés en 24 heures) est plus important en avril (31, 6 %, soit un tiers des femmes, contre 8,1% en septembre). Par ailleurs, la perte de poids de 1,9 kg en moyenne, mesurée en septembre à l’issue de la période de soudure, affecte l’ensemble des femmes sans différences significatives entre les catégories socioéconomiques.
Dans le contexte rural du Sahel, c’est donc en avril, avant la soudure, que peut être évalué au mieux et de façon plus efficace le nombre de femmes vulnérables en termes de carences alimentaires et de malnutrition. Ceci permet notamment d’envisager une meilleure définition des périodes d’intervention des différents acteurs (ONG, pouvoirs publics, etc.), dans le cadre des programmes de sécurité alimentaire.

Le to, plat national du Burkina Faso
Mesure du pli tricipital