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Le surpoids chez l'enfant en France

La France n’est pas épargnée par le développement du surpoids chez l’enfant, en particulier dans les milieux socio-économiques les plus bas. S’il est admis que le gain de poids résulte d’un déséquilibre entre les apports et les dépenses énergétiques, les études ne sont pas consensuelles quant à savoir laquelle de ces deux composantes est la plus impliquée.
L’objet principal de cette étude a été d’analyser les différents comportements susceptibles de jouer sur l’équilibre énergétique et de mesurer leurs liens avec le surpoids chez l’enfant. Il s’agit également d’explorer si ces facteurs comportementaux jouent le rôle de facteur intermédiaire dans la relation entre le statut socio-économique et le surpoids.

L’observation d’enfants de 3 à 14 ans
Les analyses ont principalement porté sur les données de l’étude Individuelle et Nationale sur les Consommations Alimentaires (INCA 1) réalisée en 1998-99 par l'AFSSA. Il s’agit d’une enquête transversale, représentative au niveau national. Un deuxième volet de cette thèse a consisté en une contribution à la réalisation de l’étude INCA 2 (2006-07) et à son analyse. Les échantillons des études INCA 1 et 2 comportaient respectivement 1017 et 1030 enfants âgés de 3 à 14 ans.
Le surpoids a été défini selon les références de l’International Obesity Task Force (IOTF). Les consommations alimentaires ont été recueillies à l’aide d’un carnet de 7 jours. L’activité sportive de loisir a été définie en tenant compte de la durée habituelle consacrée à différentes activités sportives en dehors de l’école. La sédentarité a été mesurée en fonction du temps passé devant un écran. Enfin, le statut socio-économique a notamment été évalué en fonction de la catégorie socioprofessionnelle du chef de ménage. L’étude des associations entre les facteurs de risque et le surpoids s’est faite au moyen de régressions logistiques, incluant simultanément des variables d’apport alimentaire et de dépense énergétique. L’analyse factorielle a par ailleurs permis de créer des indices composites du statut socio-économique ainsi que des profils comportementaux associant les consommations alimentaires aux variables d’(in)activité physique.

15,2 % des enfants de 3 à 14 ans en surpoids !
En 1998-99, 15,2% des enfants de 3-14 ans étaient en surpoids. Une plus forte prévalence a été observée chez les enfants les plus sédentaires. La contribution des deux repas principaux aux apports énergétiques était positivement corrélée au surpoids, à l’inverse des prises alimentaires « hors repas » et de la fréquence de consommation. Les enfants de 3-6 ans en surpoids consommaient de plus grandes tailles de portions de pâtisseries et viennoiseries. Les tailles de portions des boissons lactées étaient au contraire inversement corrélées à l’excès pondéral (7-11 ans). Les enfants adhérant le plus aux profils comportementaux « snacking et sédentaires » (3-6 ans) et « gros mangeurs aux repas principaux » (7-11 ans) étaient plus souvent en surcharge pondérale. Au contraire, le profil «diversifié et actif » était inversement associé au surpoids chez les 7-11 ans. Seuls le profil « snacking et sédentaire » (3-6 ans), la sédentarité (6-14 ans) et la fréquence de consommation (3-11 ans) semblaient jouer le rôle de facteurs intermédiaires dans la relation entre le statut socio-économique et le surpoids. Mais cet effet était partiel et faible. Enfin, la comparaison des deux études INCA a suggéré une stabilisation des prévalences du surpoids ces 8 dernières années en France dans les différents milieux socio-économiques. En parallèle, la diminution des apports énergétiques et l’augmentation de la sédentarité « écran » ont été observés.

Une prévention précoce est opportune
Les études INCA révèlent l’existence de comportements associés à un risque accru de surcharge pondérale et ce, dès le plus jeune âge. Une prévention précoce, portant sur les comportements d’apport et de dépense semble donc opportune afin de renverser les trajectoires orientant l’équation énergétique vers un excédent et d’éviter que les habitudes délétères ne s’installent sur le long cours. Cela n’exclut pas une prévention à tout âge puisqu’il semble y avoir un continuum de générations en générations, tant pour le surpoids que pour ses déterminants. Les campagnes visant à modifier les comportements devront tenir compte des dimensions sociales, économiques, culturelles et affectives de l’alimentation et de la dépense énergétique. D’autres études sont toutefois nécessaires pour mieux comprendre les raisons du fort gradient socio-économique du surpoids chez l’enfant, qui demeure intact en dépit de la stabilisation des prévalences de surpoids.