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Les sols, des milieux vivants très fragiles

Transitions alimentaires et nutritionnelles

Acacia siberiana déchaussé, Afrique du Sud

L’histoire de l’alimentation des sociétés est jalonnée par des évolutions successives pour s’adapter aux changements de l’environnement et des modes de vie tout en assurant la satisfaction des besoins physiologiques des individus et une vie en relative bonne santé au quotidien. On parle de transitions alimentaires et nutritionnelles pour caractériser les évolutions les plus marquées comme le passage de la chasse à la cueillette à l’ère de l’agriculture et de l’élevage, ou celui d’une période de famines récurrentes à une période de plus grande prospérité alimentaire comme celle qui a accompagné l’industrialisation des pays du Nord.
Les sociétés industrialisées sont globalement confrontées aujourd’hui à un défi croissant de déséquilibre entre la relative abondance des disponibilités alimentaires d’un côté et la baisse considérable des besoins énergétiques d’individus au mode de vie largement sédentaire. Il en résulte une montée de l’obésité et des maladies chroniques liées à l’alimentation comme le diabète et les maladies cardio-vasculaires. Ici la transition en cours est celle de la phase "des maladies dégénératives" à celle d’un "vieillissement en relative bonne santé" reposant sur un autre mode de vie et notamment une alimentation rééquilibrée.
Cela pourrait n’être qu’une préoccupation de pays riches confrontés à une incroyable diversité et quantité de biens alimentaires mais les enquêtes menées dans les pays en développement nous apprennent que l’obésité et les maladies chroniques liées à l’alimentation y gagnent du terrain. Ceux-ci amorcent ainsi rapidement une transition de la phase de "résorption des famines" dont tous ne sont pas encore totalement sortis, vers la phase des "maladies dégénératives" où nous nous trouvons nous –mêmes. L’enjeu est que tous puissent passer le plus rapidement possible à la phase suivante de rééquilibrage de l’alimentation et des modes de vie.

Transition et pays en développement
Un certain nombre de pays émergents et de pays en développement qui s’affranchissent progressivement des problèmes d’insécurité alimentaire se trouvent de plus en plus souvent confrontés, comme les pays industrialisés, aux maladies chroniques liées à l’alimentation. Associée à des changements majeurs dans les systèmes alimentaires, et notamment à l’industrialisation de l’alimentation, cette transition s’y effectue cependant de manière plus rapide par suite d’une urbanisation soutenue et de la mondialisation des échanges. Les villes sont en effet les premières soumises à ces changements, du fait de leur exposition aux importations massives de produits alimentaires manufacturés, à la publicité et au marketing actifs des groupes agro-alimentaires et à des changements importants des modes de vie. Sédentarisation et diminution de l’activité physique au quotidien (emplois et loisirs), alimentation riche en énergie, en graisses et en sucres libres, apparition de l’alimentation rapide, des boissons gazeuses et/ou alcoolisées : tous ces facteurs, avec le tabac et le stress des villes, contribuent à la plus grande fréquence de maladies chroniques telles que le diabète, les maladies cardio ou cérébro-vasculaires et certains cancers, ainsi qu’au surpoids et à l’obésité qui en sont souvent les marqueurs précoces. La mortalité par maladies chroniques est ainsi en train de surpasser largement la mortalité par maladies infectieuses et celle liée aux maladies de carences dans certaines sociétés en développement, malgré une résistance certaine de la mortalité maternelle encore trop élevée dans la plupart de ces pays. Ce phénomène touche d’abord les plus riches mais au fur et à mesure que la transition avance, les milieux intermédiaires et les plus pauvres sont touchés aussi. Ces sociétés sont ainsi confrontées, de manière paradoxale, à des problèmes de malnutrition par carence comme par « surcharge » au sein parfois des mêmes catégories sociales. Cette situation nécessite des solutions originales pour des pays qui ne disposent pas encore des ressources abondantes des pays industrialisés.

Transitions au Maghreb, en Afrique de l’Ouest, en Europe et en France
L’IRD étudie depuis plusieurs années ces situations paradoxales. Les questionnements sont multiples : stade réel d’avancée du phénomène et son extension selon les pays, conséquences individuelles et collectives, quels sont les changements globaux — dynamique de l’urbanisation, modifications structurelles des marchés, apports technologiques, etc. — et sociétaux (revenus, éducations, attitudes des différents types d’acteurs) qui génèrent ou accompagnent les évolutions mesurées dans les modes de vie (qualité des régimes alimentaires, activité physique et sédentarité), quels sont les groupes sociaux les plus à risque, etc.
Les recherches sur ce thème sont menées principalement en Afrique du Nord, à la demande des pays partenaires (Tunisie, Algérie, Maroc), ainsi qu’en Europe et en France, afin d’observer des situations très différentes de transition,   mais également en Afrique de l’Ouest, en milieux urbains, en association avec d’autres programmes relevant plutôt de la sécurité alimentaire dans ces mêmes milieux, compte tenu de la présence des deux thématiques au même endroit.