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De la plante au médicament

L'exploration de la biodiversité passe par la valorisation des médecines traditionnelles et par des techniques de triage automatisé sélectionnant de nouvelles substances naturelles pour des applications médicales.

De la plante au médicament :
Une passerelle entre tradition et science

Une passerelle entre tradition et science  |  Plantes médicinales et médicaments
Criblage de la biodiversité

Criblage de la biodiversité

Cette seconde approche ne tient pas compte des savoirs ancestraux. Le premier grand criblage remonte aux années 60 du XXe siècle où le National Cancer Institute et l’industrie pharmaceutique américaine se sont associés pour cribler des pans entiers de la flore mondiale contre le cancer en utilisant des modèles cellulaires. Cette recherche a abouti par exemple à la mise en évidence de l’intérêt du taxol – isolé des ifs – comme antitumoral potentiel.
Cette recherche a évolué en fonction des avancées de la biologie qui est passée de l’échelle physiologique, à l’échelle cellulaire puis moléculaire.
La dernière révolution a été la description du génome humain et de celui de ses principaux agents infectieux dont notamment l’agent du paludisme humain. A partir de cette description, une cartographie de la fonctionnalité des gènes est en train de se mettre en place qui aboutit à la possibilité dans certains cas, de mettre en évidence le fonctionnement d’une voie métabolite originale et spécifique liée à une pathologie.
C’est ainsi que l’on peut ensuite, à partir de ce mécanisme biochimique, construire une cible enzymatique sur laquelle on pourra cribler des substances organiques de toutes origines. La synthèse peut fournir à partir d’archétypes structuraux de très nombreuses variantes (plusieurs millions de composés ont déjà été synthétisés). Mais la plus grande originalité structurale vient de la nature avec ces millions d’espèces végétales et animales dont seulement quelques pourcentages sont connus taxonomiquement et bien moins d’un point de vue chimique.
Dans ce cadre, nous avons établi une collaboration avec le CNRS et l’industrie pharmaceutique dans le but d’étudier, avec les nouveaux outils de la biologie et de la robotique, la biodiversité tropicale.
Nous avons ainsi mis en place trois dispositifs de terrain (en Guyane et en Bolivie pour les flores et en Nouvelle-Calédonie pour la faune marine) qui permettent la collecte systématique de la flore et de la faune locale avec une garantie d’identification taxonomique, d’approvisionnement tout au long du long processus d’isolement et de caractérisation d’une molécule bioactive.
La seconde étape de ce processus est d’identifier des cibles potentiellement intéressantes pour les pathologies sur lesquelles nous travaillons. Dans le cadre du partenariat avec le CNRS et Pierre Fabre Médicaments, des cibles sur diverses pathologies sont criblées sur nos chimiothèques d’extraits.
Dans le cas des maladies parasitaires, grâce à nos travaux (métabolisation de l’hémoglobine) ou d’équipes associées (signalisation cellulaire avec l’Inserm), nous avons proposé des cibles pour des criblages dans des dispositifs robotisés permettant le criblage de plusieurs dizaines de milliers d’extraits en quelques semaines.
Le travail suivant consiste à isoler les substances naturelles responsables de l’activité de l’extrait de départ.
Ces travaux sont encadrés par des contrats liant tous les partenaires y compris les gouvernements dans le cas d’organismes issus d’un pays tiers.