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De la plante au médicament

L'exploration de la biodiversité passe par la valorisation des médecines traditionnelles et par des techniques de triage automatisé sélectionnant de nouvelles substances naturelles pour des applications médicales.

 

De la plante au médicament > Réglementation de l'accès à la biodiversité

Réglementation de l'accès à la biodiversité : les enjeux de la Convention sur la diversité biologique

La Convention sur la diversité biologique  |  Divers acteurs font entendre leur voix  |  La dénonciation de la biopiraterie  |  Un partage des bénéfices tirés de la biodiversité  |  Vers un nécessaire rattrapage économique des pays du Sud  |  À qui appartient la biodiversité ?  |  La route est longue vers le partage des avantages  |  Une demande incertaine  |  La question des droits de propriété intellectuelle au centre du débat  |  Une ressource mal définie  |  Explorer d’autres possibilités

Une demande incertaine

Il semble que la demande des industriels ne soit pas aussi importante que prévu pour diverses raisons stratégiques. En effet, les avancées de la génomique changent continuellement la compréhension et la définition des ressources génétiques. Les récents développements industriels ne militent plus directement pour la conservation de la biodiversité. Les plantes "inconnues" qui avaient fait rêver à Rio ne soulèvent plus le même enthousiasme. Plusieurs raisons peuvent être avancées. Sans doute beaucoup de plantes sont-elles maintenant répertoriées et disponibles dans des banques de gènes, leurs principes actifs synthétisés, sans qu'il soit besoin d'entreprendre de nouvelles prospections. Mais surtout, les recherches et les enjeux économiques portent maintenant sur les produits issus de la manipulation du génome. Les secteurs de la médecine et de la pharmacie s'orientent vers la thérapie génique en recherchant dans les gènes le moyen de prévenir ou de guérir les maladies.
Les pharmacologues s'interrogent sur la différence quantitative entre diversité fonctionnelle et diversité biologique, faisant remarquer que l'on n'a pas besoin des millions de molécules de la diversité biologique pour atteindre les 600 cibles thérapeutiques identifiées (Tulp & Bohlin, 2002). Autrement dit, pour ces scientifiques, il n'y a aucune raison que la molécule recherchée pour soigner une maladie précise n'existe qu'en un seul exemplaire au fond d'une forêt tropicale. La recherche se porte maintenant sur la compréhension des mécanismes et ne privilégie pas l'originalité d'une molécule. Les nouveaux savoirs sur les gènes font que l'on ne travaille plus sur un gène en relation mécanique avec une fonction, mais sur des groupes de gènes, sur des séquences d'informations. Les conditions de la valorisation économique, dont la brevetabilité, tendent désormais à porter sur la protection de banques de données informatisées et non plus uniquement sur le support physique de l'information, plante ou molécule.

Pas de surenchères de demande dans le secteur pharmaceutique

Dans ces conditions, les plantes, les molécules et les droits d'accès offerts par les pays du Sud ne sont guère susceptibles de provoquer des surenchères de demande parmi les laboratoires pharmaceutiques. Pour la pharmacie où les investissements sont très importants, les innovations protégées par brevet et où le produit est promis à une longue carrière, la stratégie des groupes repose sur la sécurité de leur approvisionnement. C’est-à-dire que les plantes protégées, rares ou menacées que l’on ne peut mettre en culture ou synthétisés seront écartées de la prospection. Seuls les domaines de la cosmétique et des compléments alimentaires, pour des questions d'image et parce que les investissements en recherche et développement ne sont pas trop importants, restent demandeurs de produits naturels. Ils recherchent aussi bien des plantes sauvages que de plantes cultivées et protégent souvent leurs produits non par des brevets, mais par des noms de marques ou plus simplement par le secret de fabrication.