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Les sols, des milieux vivants très fragiles

Les fonctions du sol

Les recherches de l'IRD et de ses partenaires

Le sol est lieu de vie

L'exemple de l'Amazonie
Le sol est un habitat pour de nombreux organismes animaux et végétaux ; à ce titre, il est un compartiment des écosystèmes, intervenant dans les cycles biogéochimiques (eau, carbone, azote, phosphore, potassium, etc.) ; parmi les organismes, les racines et les invertébrés, « ingénieurs » du sol, jouent un rôle essentiel.
Particulièrement dans le contexte de l'agriculture familiale amazonienne où les apports de fertilisants minéraux et le travail du sol sont quasiment exclus pour des raisons économiques, l’activité biologique dans le sol est une composante essentielle de sa fertilité. Au sein des peuplements de faune du sol, les termites, fourmis et vers de terre (macroinvertébrés « ingénieurs ») jouent un rôle important dans le fonctionnement du système sol-plante. D’une part, ils modifient la structure du sol et, par là même, contrôlent la biodisponibilité de l’eau et des éléments chimiques utiles ou toxiques pour les plantes ; d’autre part, ils établissent une relation mutualiste avec la microflore du sol qui permet la décomposition des matières organiques.
Alors que les botanistes n'ont pas observé, sinon peu (herbacées uniquement) d’influence du sol sur la composition spécifique des divers types de végétations (forêts, pâturages, etc.), un effet plus notable (statistiquement significatif) a été mis en évidence par Jérôme Mathieu (maître de conférences à Paris VI) pour la faune du sol, tous groupes confondus, en particulier dans les pâturages : la richesse spécifique diminue des ferralsols (sols ferrugineux tropicaux et sols ferralitiques) aux cambisols, c'est-à-dire, en première hypothèse, en fonction de la profondeur du sol, laquelle détermine le régime hydrique du sol et l'enracinement des plantes. Cependant, d'autres facteurs peuvent être en cause, par exemple la quantité de matières organiques plus élevée dans les ferralsols, ou bien leur texture plus argileuse.
La nature du sol a toutefois un effet bien moindre sur la biodiversité que l'usage du sol, autrement dit la transformation de la couverture végétale par les agriculteurs. Dès la première culture de riz pluvial sur brûlis de la forêt, une forte chute de la densité et de la diversité des organismes du sol est observée. Les jachères sont des milieux favorables à une recolonisation par la faune du sol. Dans une moindre mesure, les pâturages le sont aussi puisque leur richesse spécifique augmente avec le temps. Cependant, la recherche montre que la distribution de la faune n’y est pas uniforme : richesse spécifique et densités des invertébrés sont plus élevées sous les troncs d’arbres morts et sous les touffes de graminées et autres herbacées que sous le sol nu entre les touffes de graminées. Les espèces échantillonnées sous les touffes de graminées apparaissent plus inféodées à ce micro-habitat que celles échantillonnées sous les troncs. En conséquence, le maintien de troncs au sol dans les parcelles favorise la recolonisation du sol par des peuplements diversifiés de faune. A cet égard, le brûlis annuel des pâturages n’est pas une pratique appropriée.

Nids de termites au Brésil
Turricules de vers de terre en Amazonie
Fourmis dans le sol amazonien