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Les sols, des milieux vivants très fragiles

Les sols sont fragiles

Les recherches de l'IRD et de ses partenaires

Les recherches en Amazonie

L’exemple du front pionnier amazonien 
Le rythme d’implantation des pâturages est aujourd’hui plus rapide sur les fronts pionniers d’Amazonie orientale qu’il n’a été une vingtaine, voire une dizaine d’années auparavant. Une seule culture vivrière (roça), le riz pluvial étant la plus fréquente, précède ou accompagne la plantation de la graminée fourragère. Ce fait est caractéristique d’une transition technique entre l’agriculture sur brûlis et l’élevage extensif, deux systèmes relativement incompatibles. En effet, l’implantation d’un pâturage limite, sinon empêche, la régénération d'une jachère, dont l’absence prive l’agriculteur de cultures vivrières annuelles.
En outre, dans les pâturages, la couche superficielle du sol a tendance à se tasser rapidement. Ce tassement est beaucoup plus fort dans les premiers 5 cm, mais il reste significatif jusqu'à  20 cm de profondeur, aussi bien pour les ferralsols que pour les cambisols. Les sols sous roças et jachère ne sont par contre pas significativement plus compacts, en moyenne, que  sous forêt.
Le sol perd le quart de la porosité totale de sa couche superficielle. Comme dans la région de Manaus, cette perte concerne la majeure partie de la porosité structurale.
Le changement de structure du sol associé à ce tassement est très visible. Alors que les turricules rejetés par les vers de terre sont très abondants sous forêt, une croûte compacte se forme entre les touffes de graminée dans les pâturages. L’augmentation de la compacité du sol se traduit par une diminution de 10 à 20 fois de la vitesse d’infiltration de l’eau.
Le tassement des sols des pâturages amazoniens a été décrit dans différents contextes. Des processus distincts impliquant l'évolution des peuplements de faune du sol peuvent être invoqués : dans la région de Manaus, nous avons observé localement l’envahissement temporaire par une espèce de ver compactante (Chauvel et al, 1999) ; à Benfica, c’est la migration, vers des niches écologiques plus favorables, d’espèces décompactantes présentes sous forêt, qui semble en cause : l’activité biologique n’est plus alors assez intense pour limiter le tassement du sol provoqué par le piétinement du bétail et les fortes averses. Ainsi, l’évolution biologique du sol, apparaissant dès le brûlis de la forêt, y précède-t-elle la dégradation physique du sol. Les propriétés chimiques ont en revanche tendance à s’améliorer, et de manière durable dans des pâturages anciens.
L'une des conséquences du tassement du sol est l'amplification des deux processus d’évolution du sol actifs en Amazonie en conditions naturelles : l’érosion et l’hydromorphie. Ces deux processus dépendent du régime pluviométrique et des conditions de transferts de l’eau dans le sol, autrement dit de la structure du sol, sensible aux changements de biodiversité et aux pratiques culturales.
Une autre conséquence est la baisse progressive de productivité du pâturage, trop peu considérée dans un système extensif qui « consomme » des terres plutôt que de chercher à les gérer de manière durable.

Développement de l’érosion linéaire
Hydromorphie