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Les sols, des milieux vivants très fragiles

Mieux connaître les sols

Les recherches de l'IRD et de ses partenaires

L'Amazonie brésilienne
et son exceptionnelle richesse biologique

L’Unité Mixte de Recherche Biosol a choisi l’Amazonie brésilienne comme l’un de ses chantiers principaux. L’exceptionnelle richesse biologique de cette région est affectée par la transformation très rapide des écosystèmes sur les « fronts pionniers ». L’agriculture familiale est un acteur principal de cette transformation depuis la construction des grands axes routiers qui ont favorisé dans les années 1970 la migration de populations en quête de terres.

Un peu d’histoire
Au sujet de l’Amazonie, les scientifiques et l’opinion publique du « Nord » s’inquiètent des répercussions de la déforestation sur le climat global et la biodiversité, mais s’interrogent rarement sur les acteurs et les déterminants de la transformation des systèmes écologiques. Dans les années 60-70, les gouvernements brésiliens décidèrent, pour des raisons géopolitiques, la construction de routes reliant Brasília à Belém au Nord et à Porto Velho à l’Ouest, ainsi que la Transamazonienne, axe Est-Ouest. Il s’agissait d’une part d’affirmer la souveraineté du Brésil sur ses territoires amazoniens peu peuplés, d’autre part d’attirer vers ces territoires des populations sans terre plutôt que de mettre en œuvre une réforme agraire dans les régions du sud et du nord-est. Ces migrations ont fortement accru et diversifié la population amazonienne. Elle a quadruplé en 30 ans pour atteindre aujourd’hui 18 millions d’habitants d’origines, cultures et projets divers, comme leurs savoirs et savoir-faire qui ont le plus souvent été acquis dans d’autres milieux.

Le front pionnier de la Transamazonienne
Le territoire choisi pour ces recherches est le front pionnier de la Transamazonienne, autour des villes de Marabá et d’Altamira, dans l’état du Pará (cf carte). Ce territoire présente une diversité de situations intéressantes à comparer, liée tant au milieu physique, qu’à l’origine des colons et aux conditions de la colonisation. C’est aussi une région stratégique pour l’économie brésilienne, avec le barrage de Tucurui sur le Tocantins et les mines de Carajas. Plusieurs dizaines de milliers de familles de petits agriculteurs s’y sont installées depuis 30 ans.
Les petits agriculteurs ont tendance à reproduire leur exploitation par des déplacements successifs vers les terres les plus vierges, après avoir vendu celles qu’ils ont défrichées et transformées en pâturages peu productifs à de grandes exploitations d’élevage extensif. Le rythme d’implantation des pâturages est aujourd’hui plus rapide : une seule culture vivrière précède, voire accompagne, la plantation de la graminée fourragère. Pour les agriculteurs disposant de peu de capital de départ, cette orientation est celle qui valorise au mieux le travail familial et la terre disponible. Malgré les mesures gouvernementales incitant les agriculteurs à rester sur leur lot en préservant le couvert forestier et en diversifiant leur production, et bien que les conditions du milieu physique soient favorables à une diversification, on assiste encore à une dynamique rapide de transformation de la forêt en pâturages, suivant une logique de déprise et de concentration foncière, résultant de l’utilisation « minière » des ressources naturelles.

Paysage de front pionnier amazonien
Colons installés le long de la Transamazonienne