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Les risques volcaniques

Fascination ou crainte, les volcans suscitent des sentiments passionnés et contradictoires. Une centaine d'entre eux, véritables bombes à retardement, font l'objet d'une surveillance rapprochée.

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Prendre le pouls des volcans

Les études géologiques conduisent à élaborer des modèles d'évolution des appareils volcaniques à différentes échelles de temps.
Ainsi a-t-on pu constater qu'après une longue période d'inactivité, lorsque le magma atteint un stade avancé de cristallisation, sa pression gazeuse devient suffisante pour ouvrir les conduits vers le haut. La décompression brutale provoque l'émission d'un grand volume de cendres et de ponces. Une large dépression (caldeira) se forme alors en surface par effondrement, suite au vide créé dans la chambre magmatique. Le glissement d'un secteur entier du volcan, consécutif à la lente montée du magma visqueux (éruption du mont Saint Helens, en 1980), peut représenter une variante à ce scénario, ou bien se produire plus tard, lorsque l'édifice est à nouveau reconstruit. Dans les deux cas, le volume de matériel déplacé est gigantesque : plusieurs kilomètres cubes, parfois plusieurs dizaines de kilomètres cubes. Pourtant, de telles éruptions marquent très rarement la fin de l'activité volcanique. En règle générale, du magma nouveau monte épisodiquement depuis des zones profondes et prolonge l'activité. Selon la composition plus ou moins acide des laves nouvellement émises et leur viscosité plus ou moins grande, l'un ou l'autre des deux appareils volcaniques suivants se forme.
Si les laves sont riches en silice, très cristallines et visqueuses, elles ne s'écoulent pas ou seulement sur de très faibles distances (c'est le cas des volcans explosifs). En se refroidissant, les laves forment des dômes dont l'intérieur et les racines restent chauds. Dans les parties supérieures du conduit et du réservoir le plus élevé, du fait du refroidissement et de la poursuite de la cristallisation, la pression des gaz augmente de nouveau. Après une longue période de repos apparent, cette pression peut provoquer la déformation, puis la déstabilisation des dômes, leur effondrement et/ou l'ouverture brutale de la cheminée. En Équateur, le volcan Cayambe, dont le sommet est composé d'une série de dômes sans activité visible, est l'exemple parfait d'un volcan en état de " mise sous pression " et au sommeil trompeur (voir encadré).
Deux sortes de produits caractérisent les éruptions de ce type de volcan :
- les écoulements pyroclastiques, ou nuées ardentes,
- les retombées pliniennes, à partir de panaches qui s'élèvent à haute altitude, formés de cendres, de fragments vésiculés de magma (ponces) et de petits blocs rocheux provenant de la pulvérisation du bouchon.
Si les laves sont plus basiques et fluides, un nouveau cône se forme, prolongeant l'ancien. Ce cône est souvent le siège d'une activité complexe comprenant des cycles éruptifs alternant des périodes de construction par des coulées et de brefs épisodes explosifs pliniens. Ainsi, tous les 100 à 150 ans (c'est l'ordre de grandeur le plus fréquent), de grandes éruptions explosives reproduisent un scénario souvent propre au volcan (voir les éruptions de 1773 et 1886 du Tungurahua dans Gros Plan). Entre-temps, l'évolution magmatique dans la chambre se poursuit en système fermé (cristallisation et augmentation des volatils dans le magma). Une reprise d'activité comprend souvent l'émission verticale d'une colonne éruptive dense (cendres correspondant au magma violemment expansé + ponces + bombes magmatiques + blocs provenant de l'ouverture de l'évent). En retombant, cette colonne donne naissance à des écoulements canalisés par les vallées, menaçant ainsi tous les flancs du volcan. La partie la moins dense de la colonne éruptive, quant à elle, est à l'origine de retombées de ponces et cendres dont l'extension peut être régionale. Au cours des semaines ou des mois qui suivent ces explosions, les produits meubles sont remaniés en coulées boueuses (lahars) alors que des coulées de lave suivent, accompagnées d'explosions moins importantes au sommet.

Contact auteur : Michel LardyLiens utiles